Le soir du 8 juillet, Bruno Retailleau réagit en son nom propre à la candidature de Marine Le Pen, pour la première fois après la riposte déléguée la veille à son secrétaire général Othman Nasrou. Interrogé sur France 2, il déplace la critique du terrain judiciaire vers celui de la compétence économique, jugeant qu'elle ne redresserait pas le pays mais le ruinerait. Interrogé par Léa Salamé sur une campagne menée sous bracelet électronique, il répond que ce n'est pas son problème. Coupable en appel, pourvoi en cassation annoncé.
« Elle ruinera le pays »
Le candidat descend enfin en scène et change de terrain. La veille, la riposte était déléguée à Nasrou et portait sur la légitimité démocratique, aujourd'hui Retailleau parle en son nom et déplace la charge vers l'économie, elle ruinera le pays, un registre où il peut opposer une compétence de gouvernement à une adversaire qu'il refuse de combattre sur le seul terrain judiciaire, saturé et à haut risque. Le recadrage est doublement utile, il évite le procès en instrumentalisation de la justice, que le RN retourne systématiquement, et il ramène le débat sur le bilan et la crédibilité, où le candidat LR estime son offre plus solide. L'esquive sur le bracelet, ce n'est pas mon problème, complète le dispositif, refuser de commenter le volet judiciaire est une manière de ne pas nourrir le feuilleton dont l'adversaire tire parti. La bascule du relais au principal signale que le camp juge le moment venu d'engager le chef, une fois la candidate RN installée dans le paysage et le terrain économique choisi.
Attaquer une adversaire sur le terrain où l'on se juge le plus fort, ici l'économie, plutôt que sur celui qu'elle maîtrise, ici la victimisation judiciaire, est un choix de cadrage qui protège autant qu'il frappe. Faire parler le chef seulement une fois le décor stabilisé, après une première salve déléguée, dose l'engagement de sa stature. Le revers est qu'un déplacement vers l'économie n'a de force que s'il est tenu par des preuves, faute de quoi la formule choc retombe en slogan.
