Au sortir de la cour d'appel peu après 14h, le 7 juillet, Marine Le Pen ne fait aucune déclaration, visage impassible. Un proche confirme à l'AFP qu'elle annoncera sa décision pour la présidentielle au 20h de TF1 le soir même. Selon l'AFP, à défaut de se lancer, elle devrait introniser Jordan Bardella. Coupable en appel mais éligible, elle devrait, si elle concourt, mener une partie de sa campagne sous bracelet électronique, le dispositif qu'elle avait déclaré rédhibitoire le 1er juillet. Décision non définitive, pourvoi en cassation possible sous dix jours.
Face à une décision qu'elle ne contrôle pas, la réponse est un dispositif du silence et du tempo. Ne rien dire à la sortie, visage fermé, prive les adversaires et les commentateurs de la réaction à chaud qu'ils attendent, et refuse de livrer une émotion, victoire ou défaite, qui figerait la lecture. Reporter l'annonce au 20h de TF1 transforme une décision subie l'après-midi en rendez-vous choisi le soir, sur un plateau maîtrisé et à forte audience, exactement le journal télévisé que l'AFP annonçait dès Liévin, ce qui reprend la main sur le calendrier de sa propre parole. Le report a une seconde fonction, il maintient ouvertes jusqu'au soir les deux issues, se lancer ou introniser Bardella, et fait de l'attente elle-même un instrument de dramatisation. La condition qu'elle a posée le 1er juillet, pas de campagne sous bracelet, se retourne en piège de cohérence, se lancer serait se déjuger, y renoncer serait tenir parole au prix de la candidature. Le silence de l'après-midi diffère précisément le moment où ce dilemme devra être tranché en public.
Quand une décision tombe sans qu'on la maîtrise, ne pas réagir à chaud et fixer soi-même l'heure et le lieu de sa parole restaure le contrôle, l'attente devient un instrument plutôt qu'une faiblesse. Le revers est qu'une condition posée trop nettement en amont, ici le refus du bracelet, se referme sur soi, elle transforme la décision suivante en test de cohérence que l'adversaire n'aura qu'à rappeler.