Dans un entretien au Figaro publié le 1er juillet, quatre jours avant le meeting d'Édouard Philippe, le patron des députés LR Laurent Wauquiez estime qu'Édouard Philippe peut incarner l'ordre et le sérieux pour redresser la France. Le même geste invite, sans le nommer, Bruno Retailleau, candidat désigné de son propre parti, à savoir se retirer le plus tôt possible si c'est nécessaire, en soulignant qu'un candidat n'atteignant pas dix pour cent dans les sondages fait courir un risque. Wauquiez juge qu'on ne gagne pas une élection sur un rejet mais sur un projet, et prévient qu'il ne participera jamais à une dispersion des candidatures qui n'aurait pour effet que d'éliminer un candidat de droite et de qualifier Jean-Luc Mélenchon au second tour.
« Édouard Philippe peut incarner l'ordre et le sérieux permettant de redresser la France »
Le dispositif est un double geste qui déborde la simple main tendue. En adoubant Édouard Philippe, l'ordre et le sérieux, le patron des députés LR désigne un point de convergence hors de son propre parti, ce qui vaut prise de position dans la bataille du périmètre au centre droit. Mais le geste symétrique est le plus lourd : inviter le candidat désigné de son parti, Bruno Retailleau, à se retirer, c'est un acte de dissidence interne, l'appel au retrait de celui-là même qui l'a emporté à la présidence de LR. Le recadrage argumentatif accompagne le tout, on ne gagne pas sur un rejet mais sur un projet, ce qui disqualifie la posture du seul barrage aux extrêmes et déplace le critère de sélection vers la capacité à rassembler. La menace agitée, une dispersion qui n'éliminerait qu'un candidat de droite et qualifierait Mélenchon, arme le propos d'un scénario catastrophe : elle transforme le maintien de Retailleau en risque collectif, donc son retrait en responsabilité. L'adoubement d'un rival externe couplé à l'invitation au retrait d'un rival interne fait de Wauquiez un arbitre auto-institué du périmètre, au prix d'une fracture ouverte dans son camp. Le sondage sert ici d'instrument de pression au retrait, l'argument des moins de dix pour cent de Retailleau est brandi comme une arme pointée vers son propre camp, la mesure devenant le levier qui rend le maintien de la candidature indéfendable, fonction inverse de celle du sondage dédramatisé à Liévin.
Adouber un rival extérieur tout en poussant vers la sortie le champion de son propre camp est un pari à haut risque : on se pose en arbitre du rassemblement, mais on paie d'une dissidence assumée. Le levier employé, le scénario catastrophe de la division qui offre le second tour à l'adversaire, est puissant car il déplace le maintien d'une candidature du registre du droit vers celui de la faute collective. Le revers est qu'un arbitre auto-institué n'a d'autorité que celle qu'on lui reconnaît, et qu'appeler autrui au retrait expose à la même sommation en retour.
