Le 15 juillet, le parti Renaissance rend publique une action en justice contre le Rassemblement national et Marine Le Pen, après le lancement de la campagne intitulée « Pour la France, la Renaissance ». Le fondement invoqué est double, contrefaçon de marque et parasitisme. Le parti soutient que son identité est détournée pour créer la confusion dans l'esprit des électeurs et exploiter sa notoriété, et dénonce une appropriation indue de ses marques. L'assignation aurait été déposée le 10 juillet, le tribunal de Paris a accordé une procédure accélérée et l'audience est fixée au 27 juillet. La nature exacte de la juridiction saisie, tribunal judiciaire ou tribunal de commerce, diverge selon les sources et reste à verrouiller.
Le dispositif déplace un différend sémantique sur le terrain du droit, et ce déplacement est le geste. Face à un adversaire qui s'empare de son nom, Renaissance ne répond pas par la rhétorique, qui l'obligerait à commenter le lexique de redressement du RN et donc à le diffuser, mais par l'assignation, ce qui transforme une querelle de mots en calendrier judiciaire daté. Le gain est double, une date, le 27 juillet, devient un rendez-vous médiatique garanti en plein creux estival, et l'acceptation de l'urgence par le tribunal est immédiatement présentée comme une première victoire de procédure, c'est-à-dire un point marqué avant tout jugement. Le communiqué empile deux registres dans le même texte, le préjudice de marque, technique et opposable, et le préjudice symbolique, une atteinte à ce que nous sommes, ce qui permet de plaider le droit tout en parlant identité. Le risque du procédé est connu, judiciariser un conflit de nom donne à l'adversaire l'occasion de dénoncer une tentative de faire taire par le juge, registre que le RN manie déjà sur son propre dossier.
Quand un concurrent s'approprie votre nom, répondre sur le terrain rhétorique revient à relayer son message, répondre sur le terrain du droit crée un calendrier que vous maîtrisez et une date où l'on parlera de vous. Obtenir l'urgence est un point marqué avant même le fond. La limite est le retour de flamme, attaquer un nom en justice s'expose au récit de la censure, surtout face à un adversaire déjà installé dans la posture de la victime judiciaire.
