Une semaine après l'annonce de candidature de Marine Le Pen, le Rassemblement national ouvre le 15 juillet, à son siège, trois jours de réunions de travail sur le programme, autour de la candidate et de Jordan Bardella. L'objectif affiché par le parti est de parler d'une seule voix et d'éviter les dissonances, notamment sur le volet économique, un stratège citant la réforme des retraites comme sujet exigeant des arbitrages. L'équipe de campagne vise un arbitrage complet du programme d'ici la fin de l'été, pour un dévoilement des grandes lignes au plus tôt à l'automne. Le 12 juillet, dans un entretien au Figaro, Jordan Bardella avait défendu l'existence du débat interne et annoncé qu'il ne mettrait pas sa ligne plus libérale en sourdine.
Le dispositif organise le silence sur le fond pour protéger l'unité de façade. Trois jours à huis clos, un objectif d'arbitrage repoussé à la fin de l'été et un dévoilement renvoyé à l'automne, cela signifie que le parti choisit de ne pas parler programme au moment précis où sa candidature vient d'être installée, ce qui réserve la rentrée et évite d'exposer un désaccord non tranché en pleine séquence judiciaire. La formule officielle, parler d'une seule voix, nomme le problème qu'elle prétend résoudre, on n'énonce pas cet objectif quand il est atteint. La friction est datée et publique, trois jours avant l'ouverture des travaux, Bardella annonce dans Le Figaro qu'il ne mettra pas sa ligne libérale en sourdine, ce qui revient à revendiquer une voix propre à la veille d'un séminaire dont le but affiché est l'inverse. Cette coexistence est le fait à consigner, elle prolonge une divergence sur les retraites ouverte publiquement le 28 mai sur LCI et traitée sans résultat au séminaire du 12 juin. La constante du dispositif est la division du travail entre canaux, les porte-parole retraduisent le désaccord de fond en nuance de forme pendant que les entourages alimentent la presse en off contradictoires.
Différer la publication d'un programme quand une ligne n'est pas arbitrée protège de l'incohérence à court terme mais transforme chaque prise de parole d'un lieutenant en fuite potentielle. Annoncer que l'on va parler d'une seule voix est un aveu, l'objectif ne se proclame que lorsqu'il n'est pas tenu. Le vrai risque n'est pas le désaccord, il est courant, c'est sa durée, une friction ouverte depuis mai et toujours pendante en juillet cesse d'être un débat et devient une caractéristique du dispositif.