Dans un entretien publié le 19 juillet par La Tribune Dimanche, Dominique de Villepin, toujours non déclaré mais ne cachant plus ses intentions, redit sa détermination pour 2027 et construit sa position autour d'un mot d'ordre, le rassemblement, contre ce qu'il nomme la double polarité du Rassemblement national et de La France insoumise. Il annonce l'arrivée probable de nouvelles candidatures d'ici la fin 2026, citant comme ambitions légitimes Xavier Bertrand, Michel Barnier, Bruno Le Maire, Jean Castex et François Hollande, et prévoit des défections d'ici le printemps 2027. Il esquisse quelques propositions, un gel des dépenses de santé et du budget de l'État, la désindexation des exonérations de charges patronales sur l'inflation, et la taxation de la rente. Sur la séquence judiciaire en cours, il estime que la question judiciaire porte son ombre sur la campagne et continuera d'y peser.
« offrir une alternative aux Français qui échappe au schéma de l'homme ou de la femme providentielle »
La position se construit en creux, par la désignation d'un adversaire structurel plutôt que personnel. En nommant la double polarité, RN et LFI, Villepin ne vise aucune figure, il vise une configuration, ce qui lui permet de se poser au-dessus du jeu plutôt que dedans, et de faire du rassemblement non pas une alliance d'appareils mais une réponse à un état du pays. Le geste le plus révélateur est le refus explicite de l'homme providentiel, formule qui répond par avance à l'objection que son propre profil susciterait, il désamorce la lecture solitaire de sa démarche en la reformulant en collectif, tout en restant seul à la porter. Le dispositif est celui de l'attente organisée, il reporte la déclaration, cite les ambitions des autres et parie sur les défections à venir, c'est-à-dire qu'il suppose que l'espace central se dégagera de lui-même plutôt que de le conquérir. Le canal choisi, l'entretien dominical, est celui de la parole de position et non de la parole d'événement, il confirme que Villepin occupe le terrain des idées faute d'occuper celui du calendrier, ce qui explique sa faible empreinte dans le fil de l'observatoire depuis des mois. Le coût de ce dispositif est là, à force de n'être qu'une position, il produit peu d'événements propres à documenter, et une candidature qui se prépare sans se déclarer finit par dépendre entièrement du geste des autres.
Désigner une configuration plutôt qu'une personne, la polarisation plutôt qu'un rival, permet de se placer au-dessus du jeu et de transformer une ambition solitaire en réponse collective. Récuser d'avance le rôle qu'on vous prêtera, ici l'homme providentiel, désamorce l'objection avant qu'elle ne se forme. Mais l'attente organisée a un prix, une position qui ne produit pas d'événement dépend du calendrier des autres, et parier sur le dégagement spontané d'un espace est une stratégie que l'on subit autant qu'on la conduit.
