Dans une tribune, le candidat de Renaissance Gabriel Attal désigne La France insoumise et le Rassemblement national comme ses seuls adversaires et met en garde contre le risque d'un second tour entre les deux, qu'il qualifie de pacte nationalo-Insoumis. Il juge que le seul rassemblement de la droite et du centre serait trop étroit et appelle à un rassemblement plus large, au-delà des étiquettes partisanes. Il ne nomme pas Édouard Philippe, son concurrent direct au sein du bloc central.
« pacte nationalo-Insoumis »
Le dispositif redessine la carte du scrutin avant qu'elle ne se fixe. En désignant LFI et le RN comme ses seuls adversaires, Attal substitue au clivage gauche, droite une bipartition rassemblement contre extrêmes, lecture binaire qui rend son propre camp logiquement indispensable, puisque seul rempart. La formule pacte nationalo-Insoumis est l'arme de ce cadrage : en agrégeant les deux extrêmes sous une même étiquette, elle fabrique un adversaire unique et nie toute distinction entre eux, ce qui interdit par avance tout vote utile vers l'un contre l'autre. Le geste le plus révélateur est ce qui n'est pas dit : en jugeant trop étroit le rassemblement de la droite et du centre et en appelant plus large, Attal disqualifie sans le nommer le positionnement de Philippe, requalifiant leur concurrence interne en détail au regard de l'enjeu existentiel qu'il vient de poser. Occuper le rôle du rassembleur le plus large, c'est tenter de rendre les autres prétendants du centre redondants.
Désigner soi-même son adversaire, et le désigner large, est un acte de cadrage qui structure le terrain à son avantage : on se rend indispensable en se posant en seul rempart. Le revers est qu'une bipartition aussi nette doit être tenue dans la durée, et qu'agréger deux adversaires sous une étiquette commune les sert parfois autant qu'elle les vise, en leur prêtant une force d'alliance qu'ils n'ont pas nécessairement.