Au lendemain de l'officialisation de sa candidature, Marine Le Pen se déplace sur le marché de La Flèche, accompagnée de Jordan Bardella, du maire RN Romain Lemoigne et de Marie-Caroline Le Pen. Environ 60 opposants, dont une vingtaine de militants de La France insoumise, bloquent l'accès au marché aux cris de « Marine en prison » et « Pas de délinquant au gouvernement », forçant le duo à se rediriger rue du Docteur l'Hoste, tandis que des soutiens scandent « Marine présidente ». C'est la première contre-manifestation de la campagne. Sur place, Marine Le Pen affirme son éligibilité retrouvée, avant que le binôme ne rejoigne Paris pour l'interview de 13h de TF1. Coupable en appel, pourvoi en cassation annoncé.
« La Cour d'appel m'a rendu mon éligibilité »
Le lendemain du verdict, le dispositif convertit une décision de justice en acte de campagne. En choisissant un marché, dans une ville que le RN administre, plutôt qu'un plateau ou un communiqué, Le Pen ancre l'éligibilité retrouvée dans un décor de terrain et de proximité, là où la contrainte judiciaire, abstraite, ne suit pas. La formule la Cour d'appel m'a rendu mon éligibilité opère un renversement de charge, l'institution qui la condamne devient, dans l'énoncé, celle qui l'autorise, le grief se mue en titre. La présence du binôme avec Bardella, du maire local et de la sœur incarne physiquement la continuité et le maillage, la candidature n'est pas une personne fragilisée mais un appareil qui occupe le sol. La contre-manifestation, première de la campagne, est absorbée dans le même récit, l'hostilité scandée devient la preuve que la candidate dérange, et le blocage du marché, donnée de terrain à consigner, offre au dispositif l'image d'une candidate empêchée par ses adversaires plutôt que par ses juges. La séquence est le quatrième temps d'un feuilletonnage tenu, Liévin, le quartier général, TF1, La Flèche, chaque épisode reprenant la main sur le tempo.
Répondre à une contrainte subie par un acte de présence sur le terrain déplace le sujet, on ne se défend pas d'une décision, on occupe un lieu, et le lieu raconte l'histoire à la place des mots. Requalifier l'instance qui sanctionne en instance qui autorise est un renversement puissant tant que la lecture juridique tient. Le revers est qu'une contre-manifestation intégrée au récit peut, si elle grossit, cesser d'être une preuve qu'on dérange pour devenir l'image d'un rejet, la même donnée de terrain se retourne selon son ampleur.