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Matignon : l’audience ne fait pas la représentation
Le Journal ELMARQ ↗Analyse · N°7171
Communication Politique

Matignon : l’audience ne fait pas la représentation

Le 26 octobre, Matignon a reçu 8 créateurs avant les syndicats lycéens. Diffusion et représentation brouillées, sans intention établie.

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Une personne de dos, la nuit, devant un ordinateur portable et des dossiers, dans un bureau dominant une ville éclairée
© ELMARQ · Illustration éditoriale
En brefLa synthèse de cette analyse

Le 26 octobre 2026, Matignon a reçu le matin 8 créateurs de contenus et médias numériques, puis l'après-midi les organisations lycéennes et étudiantes, alors que des mesures avaient été rendues publiques à la mi-journée par une créatrice. Selon ELMARQ, cette séquence a créé une ambiguïté publique entre capacité de diffusion et légitimité de représentation, sans qu'il soit établi que le gouvernement ait voulu substituer les créateurs aux organisations.

À retenir

3 points clés
  1. Selon l’analyse ELMARQ, le défaut du 26 octobre ne tient pas aux invités, mais à une séquence qui a mêlé l’écoute, la communication et la concertation sans annoncer laquelle s’ouvrait.

  2. La capacité à toucher un public ne confère pas la légitimité à parler en son nom.

  3. Des réponses rendues publiques avant la réception des représentants font de cette rencontre, aux yeux du public, le commentaire de décisions déjà connues.

Le lundi 26 octobre 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a reçu le matin, avec les ministres Édouard Geffray et Philippe Baptiste, 8 créateurs de contenus et médias numériques suivis par des lycéens et des étudiants. Les organisations lycéennes et étudiantes, mobilisées depuis plus de 4 semaines, ont été reçues l’après-midi. Entre les 2 rendez-vous, à la mi-journée, selon LCP, les mesures du gouvernement ont été annoncées « au micro de BFMTV par l’influenceuse Mathilde Fouqué ». Les syndicats ont parlé de « mépris ». Matignon a parlé de dialogue.

L’épisode a été raconté comme un raté de communication. Il pose une question plus utile à toute organisation qui parle à un public qu’elle ne connaît pas bien : que fait-on, exactement, quand on réunit des personnes qui ont une audience ? On peut les écouter, on peut s’en servir pour diffuser, on peut les associer à une décision. Ce sont 3 fonctions différentes. Le 26 octobre, la séquence les a rendues difficiles à distinguer. En recevant d’abord des créateurs de contenus, puis les organisations représentatives, Matignon a créé une ambiguïté publique entre capacité de diffusion et légitimité de représentation, sans qu’il soit établi que le gouvernement ait voulu substituer les premiers aux secondes.

Comment s’est déroulée la journée du 26 octobre ?

  • Dimanche 25 octobre : BFMTV annonce que le Premier ministre recevra lundi « en début d’après-midi » les organisations lycéennes, puis étudiantes, et que les 2 ministres s’exprimeront « en fin d’après-midi ». Dimanche, selon Mathilde Fouqué interrogée par RFI, des créatrices sont contactées « en DM sur Instagram ».
  • Lundi 26 octobre, matin : 8 créateurs et médias numériques échangent avec Sébastien Lecornu, Édouard Geffray et Philippe Baptiste. Anna Baldy et Mathilde Fouqué sont à Matignon, les autres à distance, selon franceinfo.
  • Mi-journée : Mathilde Fouqué détaille les mesures sur BFMTV. Vers la même heure, selon l’AFP reprise par la RTBF, Anna Baldy et elle les rendent publiques, avant qu’une source gouvernementale n’en confirme l’essentiel.
  • Après-midi : les organisations lycéennes, puis étudiantes, sont reçues. Devant Matignon, leurs représentants dénoncent l’ordre de passage.
  • À 17 h 30, conférence de presse des ministres de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur.
  • Mardi 27 octobre : l’entourage du Premier ministre défend la méthode auprès de franceinfo.
  • Mercredi 28 octobre : au Sénat, Édouard Geffray parle d’un « thermomètre de la jeunesse ».

Les faits établis du 26 octobre

Le nombre d’abord. France Inter a titré le jour même sur « huit influenceurs reçus à Matignon pour savoir « ce qui remonte » de leurs communautés ». Le recensement de franceinfo, publié le 27 octobre, compte 5 créateurs et 3 médias numériques spécialisés dans l’orientation, dont Thotis Post Bac, ExtraStudent et Dormir au courant. Les audiences déclarées s’étagent, selon franceinfo, d’environ 200 000 à plus de 3,1 millions d’abonnés. Le même jour, RFI donnait pour 2 des comptes des chiffres différents. Le premier critère supposé de la sélection, l’audience, n’est donc pas lui-même une donnée stable.

Infographie : Matignon : qui a été reçu, et dans quel ordre
Sources : franceinfo, France Inter, LCP, BFMTV, Reuters, AFP, RFI, Public Sénat.

Le contenu ensuite. Selon Reuters, les ministres ont présenté le soir un plan de 5 milliards d’euros pour le bâti scolaire et universitaire, 1 700 créations nettes de postes dans les lycées à la rentrée prochaine, un plafond de 28 élèves par classe de seconde d’ici la rentrée 2028 et une pause déjeuner d’au moins 1 heure dès 2027. Philippe Baptiste a annoncé une « évolution forte » de Parcoursup dès cette année, puis « un remplacement » dès 2028, selon franceinfo. Les pages des 2 ministères consacrées à la conférence de presse refusaient l’accès automatisé le 2 novembre : les mesures sont citées ici d’après Reuters, l’AFP et franceinfo.

La version diffusée à la mi-journée n’était pas tout à fait celle du soir. Selon l’AFP, reprise par la RTBF, le plafonnement à 28 lycéens par classe évoqué par les créatrices visait « 50 % des établissements les plus défavorisés dès la rentrée prochaine », et n’était pas confirmé officiellement à la publication. Le soir, Reuters rapportait un plafond en seconde d’ici 2028. Les 2 formulations peuvent décrire les étapes d’un même calendrier. Elles montrent surtout qu’une annonce relayée avant d’être arrêtée par écrit circule dans la version de celui qui la relaie. Le SNES-FSU, syndicat d’enseignants du second degré, a relevé de son côté des difficultés de même nature. Sa réaction, publiée le 26 octobre 2026 et complétée le 27, annonce des « confusions autour des mesures présentées en visio puis précisions du ministre en conférence de presse », signale des « informations contradictoires qui circulent depuis lundi 26 octobre, 14h » et note : « Sur Parcoursup, la plus grande confusion a régné tout l’après-midi. » Le syndicat reproche aussi au Premier ministre d’avoir reçu des influenceurs « qui ont dévoilé les mesures prises dès 13 h 50 ». Mais les confusions qu’il décrit portent sur la visioconférence de 14 h 30 entre les syndicats et le cabinet du ministre, puis sur les précisions de la conférence de presse. Son texte est un indice indépendant de difficultés dans la séquence d’annonce ; il n’établit pas que les créateurs en soient responsables.

La méthode, enfin, a été assumée. L’entourage du Premier ministre a expliqué à franceinfo que « l’objectif est de mobiliser tous les moyens possibles pour échanger avec la jeunesse », que les organisations représentatives « ne constituent pas [leur] seul canal d’expression » et que « l’enjeu n’est pas d’opposer ces différents modes de dialogue, mais bien de les articuler ». Il a précisé avoir « retenu deux types de profils », ceux qui suivaient la mobilisation et ceux consacrés à l’orientation. Le 28 octobre, devant les sénateurs, Édouard Geffray a ajouté, selon Public Sénat : « On a échangé avec des influenceurs, tout simplement car c’est aussi un thermomètre de la jeunesse. » Et : « La phase de discussion, au sens des négociations, a eu lieu l’après-midi avec les étudiants et les élèves. »

Ce que les participants en ont dit

Les invités n’ont pas tenu un discours commun. Anna Baldy a regretté, dans une vidéo publiée sur Instagram et citée par franceinfo, que l’échange, « initialement présenté comme une discussion », ait « commencé par la prononciation des décisions qui avaient déjà été prises ». Mathilde Fouqué, devant Matignon : « C’est 100 % un coup de communication du gouvernement. » Elle a raconté à franceinfo que « l’un des créateurs a demandé s’il y avait un embargo », et que le ministre « ne savait pas trop quoi répondre ». D’où ce choix : « On a décidé d’aller vers les médias car on voulait aussi montrer qu’on n’est pas simplement des relais. »

D’autres ont vu une écoute réelle. Thibaud Arnoult, cofondateur de Thotis, a dit au Monde que les ministres « se sont montrés très à l’écoute ». Alex Lequin, d’ExtraStudent : « Je ne l’ai pas senti comme une manœuvre de communication. » Un autre participant a déclaré au Figaro Étudiant que « la démarche était de nous consulter sur les mesures qu’ils allaient prendre ».

Les organisations ont visé l’ordre, pas les personnes. Le vice-président des Lycéens !, sur BFMTV cité par LCP : « Je n’ai rien de personnel contre ces influenceuses, qui au demeurant font un très bon travail », « mais ça montre quelque part l’impréparation du gouvernement, on a l’impression d’un mépris des organisations lycéennes ». Un co-secrétaire de l’Union syndicale lycéenne, sur BFMTV : « C’est totalement anormal et scandaleux que le gouvernement décide de ses interlocuteurs. » Manon Moret, secrétaire générale de l’Unef : « cela témoigne d’un certain mépris du gouvernement ». Sabrine Kharbach, porte-parole de l’Union étudiante, y a vu « leur petit jeu de vouloir nous diviser ».

Ce que les pièces ne démontrent pas

Aucune pièce lue par ELMARQ n’établit que les créateurs ont été rémunérés, qu’on leur a commandé des publications, ni qu’un document leur a été remis. L’entourage du Premier ministre n’a pas répondu, selon franceinfo, à la question de savoir si les créateurs devaient communiquer les pistes du gouvernement à leur sortie. Rien n’établit non plus que l’audience ait été le seul critère : Matignon décrit 2 profils, pas un seuil d’abonnés. Rien ne montre que la réunion du matin ait modifié une seule décision, ni qu’elle visait à écarter les organisations : elles ont été reçues le jour même, et leurs représentants ont salué certaines annonces. L’heure exacte de la réunion du matin et l’identité de l’expéditeur des messages privés ne figurent dans aucune des pièces consultées.

Le cadre légal ne tranche pas davantage. La loi du 9 juin 2023 vise les personnes qui, « à titre onéreux », promeuvent en ligne « des biens, des services ou une cause quelconque », et impose la mention « Publicité » ou « Collaboration commerciale ». Une cause gouvernementale peut en relever, mais seulement s’il y a contrepartie. Aucune rémunération n’est documentée ici, ce qui empêche de qualifier la réunion d’opération d’influence commerciale. Cette absence ne prouve pas pour autant l’absence de toute contrepartie : elle signifie seulement qu’aucune pièce consultée n’en établit une. La question de la transparence se pose donc ailleurs que dans le droit de l’influence commerciale.

Le mécanisme : 3 réunions en 1

Une réunion avec des relais d’audience peut remplir 3 fonctions, et chacune obéit à sa propre règle.

L’écoute, ou consultation, sert à apprendre. Elle suppose que la décision soit encore ouverte. C’est la fonction que décrivent France Inter (« ce qui remonte ») et le ministre (« thermomètre »). En 2020 déjà, le cabinet de Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, présentait ses rendez-vous avec des influenceurs, selon Reporterre, comme un moyen « pour que les interrogations de leur communauté remontent dans un échange libre ».

La communication sert à diffuser. Elle suppose une décision arrêtée et un relais qui sait ce qu’il porte. En février 2021, le président de la République avait formulé ce contrat sans ambiguïté auprès de McFly et Carlito, selon Europe 1 : « faites une vidéo pour réexpliquer ces gestes », et « si vous avez 10 millions de vues », « vous venez tourner à l’Elysée ». Le relais était dit comme tel.

La concertation sert à associer à une décision. Elle n’exige pas toujours un mandat représentatif : une concertation publique peut s’ouvrir à toute personne concernée. Son critère est l’existence d’un processus qui permet d’examiner les contributions avant la décision. La négociation, sa forme la plus exigeante, suppose en plus des interlocuteurs qui parlent au nom d’autres, peuvent engager ceux qu’ils représentent et doivent leur rendre compte. Les organisations lycéennes et étudiantes ont des adhérents, des instances et une plateforme commune, « 10 milliards, 10 mesures » selon LCP. Un créateur a des abonnés. Ces abonnés ne lui ont confié aucun mandat.

Le 26 octobre, la réunion du matin a été présentée comme une écoute, s’est ouverte, selon une participante, sur des décisions prises, et s’est conclue par une diffusion sans embargo connu des participants. Selon l’analyse ELMARQ, le défaut du 26 octobre ne tient pas aux invités, mais à une séquence qui a mêlé l’écoute, la communication et la concertation sans annoncer laquelle s’ouvrait. Selon leurs propres récits, des créateurs ignoraient s’il y avait un embargo. Les organisations, elles, ont été reçues alors qu’une partie des réponses circulait déjà.

La capacité à toucher un public ne confère pas la légitimité à parler en son nom. Le ministre a parlé de ceux « qui prétendent » influencer la société. Mathilde Fouqué a voulu montrer qu’elle n’était « pas simplement » un relais. Anna Baldy a écrit que, sans elle, « un étudiant ou un lycéen n’aurait pas été invité à [sa] place ». Ni le gouvernement ni les créatrices ne revendiquent pour elles une représentation. C’est l’enchaînement de la journée qui a pu la leur prêter aux yeux du public.

Fait Source Limite
Réception le matin de 8 créateurs et médias numériques franceinfo, 27 octobre ; France Inter, 26 octobre Audiences déclarées divergentes entre franceinfo et RFI
Mesures rendues publiques à la mi-journée par une créatrice reçue le matin LCP ; AFP reprise par la RTBF Heure exacte de la réunion du matin et remise d’un document non établies
Réunion ouverte « par la prononciation des décisions qui avaient déjà été prises » Anna Baldy, vidéo Instagram citée par franceinfo Témoignage d’une participante ; d’autres ont jugé l’échange utile
Organisations lycéennes puis étudiantes reçues l’après-midi, séparément BFMTV ; Reuters Liste complète des organisations reçues non établie
Confusions entre les mesures présentées en visioconférence et les précisions ministérielles SNES-FSU, 26 octobre 2026, complété le 27 Syndicat partie prenante ; porte sur la visioconférence avec les syndicats, pas sur les créateurs
Aucune rémunération documentée Pièces consultées ; loi du 9 juin 2023 Ne prouve pas l’absence de toute contrepartie
Effet de la réunion du matin sur les décisions Aucune pièce Processus de décision inconnu

L’arbitrage déplacé : qui gagne l’accès à la parole gouvernementale

Dans une crise, l’ordre des rencontres est un message. Il dit qui le pouvoir écoute en premier, et donc qui il tient pour l’interlocuteur principal, même quand ce n’est pas l’intention. Le 26 octobre, l’ordre a déplacé 3 choses.

La primeur, d’abord. Le sénateur David Ros s’est étonné que le gouvernement ait « réservé la primeur » de ses annonces aux influenceurs. La primeur est une ressource : celui qui annonce le premier fixe la version que les autres commentent. Elle est passée d’une conférence de presse ministérielle à des comptes personnels, sans règle d’embargo connue des participants. Le ministre l’a reconnu à sa façon, en regrettant que les influenceurs n’aient « pas tout à fait les mêmes pratiques que nous en termes de secret des discussions ».

L’agenda, ensuite. Les organisations sont arrivées l’après-midi alors qu’une partie des mesures était déjà publique. Leur rencontre a d’abord pris, aux yeux du public, la forme d’une réaction. Des réponses rendues publiques avant la réception des représentants font de cette rencontre, aux yeux du public, le commentaire de décisions déjà connues. Encore faut-il distinguer 3 choses. Le témoignage d’Anna Baldy dit comment une participante a vécu l’ouverture de la réunion du matin. La chronologie montre que des annonces étaient prêtes avant la réception des organisations. Le processus de décision, lui, reste inconnu : aucune pièce consultée ne montre que toutes les mesures étaient arrêtées, ni qu’aucune contribution n’a été retenue. Le 27 octobre encore, selon le SNES-FSU, le ministre de l’Éducation nationale recevait les syndicats d’enseignants « pour préciser les mesures présentées la veille ».

La légitimité, enfin, et c’est le coût le plus durable. ELMARQ établissait le 10 octobre que la dispute autour du mouvement avait déjà migré des revendications vers ceux qui les portent : plusieurs journaux contestaient l’âge, l’affiliation ou le statut des porte-parole lycéens plutôt que leurs demandes. En recevant d’abord des voix non mandatées, Matignon a offert à cette contestation un argument institutionnel, sans qu’aucune pièce ne montre que tel était son but. Le mécanisme est celui qu’ELMARQ décrivait le 2 novembre pour la parole des policiers : quand le pouvoir semble choisir qui parle pour un groupe, que ce soit le gouvernement à la place de ses agents ou des créateurs avant les organisations, il brouille la différence entre défendre une politique et représenter des personnes.

Les gagnants apparents ne sont pas nets. Les créatrices ont gagné une exposition, mais aussi des accusations de « collabo », a raconté Mathilde Fouqué à RFI. Le gouvernement a gagné quelques heures d’avance sur sa propre conférence de presse, et s’est exposé à plusieurs jours de critiques sur sa méthode. Les organisations ont perdu la primeur, mais gagné un grief.

Un outil pour qualifier une réunion avec des relais d’audience

Méthode ELMARQ, à adapter. Avant d’inviter des créateurs, des journalistes spécialisés ou toute personne qui dispose d’une audience, 3 questions suffisent à dire quelle réunion on organise.

  • Écoute : la décision est-elle encore ouverte ? Si les annonces sont arrêtées, il ne s’agit pas d’une consultation, et il faut le dire à l’invitation. Sinon, l’invité découvre sur place qu’il n’est pas là pour être entendu.
  • Communication : le relais sait-il ce qu’il peut publier, à partir de quelle heure, et le public saura-t-il d’où vient l’information ? Diffuser sans embargo écrit revient à parier sur la discrétion des autres.
  • Concertation : existe-t-il un processus qui permet d’examiner les contributions avant la décision, et de dire ensuite ce qui en a été retenu ? S’il s’agit de négocier, la personne reçue doit en outre pouvoir engager d’autres personnes qu’elle-même et leur rendre compte ; à défaut, sa réunion ne peut pas précéder celle des représentants, ni porter sur ce qu’on leur doit.

Rien n’empêche une réunion de remplir plusieurs fonctions, à condition de les séquencer et de les annoncer : écouter avant de décider, examiner les contributions et négocier avec ceux qui ont mandat, puis diffuser, y compris par des créateurs, une décision arrêtée.

Le fait à vérifier d’ici le 30 novembre

Le gouvernement a lui-même fixé la prochaine épreuve. Selon franceinfo, un comité de réforme de Parcoursup réunissant lycéens, enseignants et ministres doit rendre ses décisions définitives « d’ici fin novembre ». Le test est simple et daté : si, au 30 novembre 2026, ces décisions sont présentées d’abord aux membres du comité, puis rendues publiques par les ministères, l’épisode du 26 octobre restera un défaut de séquence corrigé. Si elles circulent d’abord sur des comptes de créateurs, ou si le comité ne compte aucune organisation lycéenne ou étudiante parmi ses membres, l’ambiguïté entre audience et représentation sera devenue une méthode.

Recevoir des influenceurs n’a rien d’illégitime. Le gouvernement a raison de chercher les jeunes là où ils s’informent. Mais l’audience se mesure, la représentation se confère. La crise du 26 octobre ne démontre pas que les influenceurs ont remplacé les représentants de la jeunesse. Elle montre qu’une institution peut fragiliser sa propre concertation lorsqu’elle diffuse ses décisions avant d’avoir achevé le dialogue avec les interlocuteurs concernés.

Les faits sont attribués à leur source et à leur date. Les audiences des comptes sont celles que publient franceinfo et RFI, qui divergent pour certains comptes ; elles ne sont pas additionnées. L’article du Monde du 26 octobre 2026 et la page de France Inter refusaient l’accès automatisé : les propos qu’ils rapportent sont cités d’après franceinfo et une reprise de France Inter. Les pages des ministères de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur sur la conférence du 26 octobre refusaient aussi l’accès automatisé le 2 novembre 2026 ; les mesures sont citées d’après Reuters, l’AFP et franceinfo. La loi du 9 juin 2023 est citée dans sa version initiale publiée au Journal officiel. Seuls sont nommés les participants qui se sont exprimés publiquement ou les médias numériques désignés par la presse ; aucun mineur n’est nommé. Marc Lugand-Sacy, fondateur et président d’ELMARQ, a dirigé la communication d’une préfecture.

§ Questions fréquentes

Ce qu'il faut comprendre

Combien de créateurs de contenus Matignon a-t-il reçus le 26 octobre 2026 ?

Selon franceinfo et France Inter, 8 créateurs de contenus et médias numériques ont échangé le 26 octobre au matin avec Sébastien Lecornu, Édouard Geffray et Philippe Baptiste. Selon franceinfo, il s’agissait de 5 créateurs et de 3 médias spécialisés dans l’orientation ; 2 créatrices étaient à Matignon, les autres à distance.

Pourquoi les syndicats lycéens et étudiants ont-ils dénoncé un « mépris » ?

Ils ont été reçus l’après-midi, séparément, après les créateurs, alors que des mesures avaient déjà été rendues publiques à la mi-journée par une créatrice sur BFMTV, selon LCP. L’Union syndicale lycéenne a jugé « scandaleux que le gouvernement décide de ses interlocuteurs ».

Comment Matignon a-t-il justifié la réception des influenceurs ?

L’entourage du Premier ministre a expliqué à franceinfo vouloir « mobiliser tous les moyens possibles pour échanger avec la jeunesse », sans opposer les modes de dialogue. Le 28 octobre, au Sénat, Édouard Geffray a parlé d’un « thermomètre de la jeunesse » et précisé que la négociation avait eu lieu l’après-midi avec les organisations.

Les influenceurs reçus à Matignon ont-ils été payés ?

Aucune pièce consultée par ELMARQ n’établit une rémunération, une commande de publications ni la remise d’un document. La loi du 9 juin 2023 sur l’influence commerciale ne s’applique qu’aux promotions réalisées « à titre onéreux ». L’absence de rémunération documentée empêche de qualifier la réunion d’opération commerciale, sans prouver l’absence de toute contrepartie.

Quelle différence entre consulter, communiquer et concerter ?

Consulter, c’est écouter avant une décision encore ouverte. Communiquer, c’est diffuser une décision arrêtée par des relais qui savent ce qu’ils portent. Concerter, c’est associer à une décision par un processus qui permet d’examiner les contributions avant de trancher ; cela n’exige pas toujours un mandat représentatif, sauf quand la concertation devient négociation. Selon l’analyse ELMARQ, la séquence du 26 octobre a mêlé les 3 sans annoncer laquelle s’ouvrait, sans qu’il soit établi que le gouvernement ait voulu substituer les créateurs aux organisations.

§ Sources

Références citées

Références citées dans cette analyse : documents originaux, enquêtes, reprises de presse et travaux ELMARQ. Celles qui disposent d'une adresse publique sont liées directement, pour que chaque affirmation puisse être remontée à son émetteur.

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L’analyse de

Marc Lugand-Sacy

Fondateur, Président et associé d’ELMARQ.

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Référence académique

Lugand-Sacy, Marc (2026). Matignon : l’audience ne fait pas la représentation. Journal ELMARQ. https://elmarq.fr/journal/matignon-influenceurs-audience-representation

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