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Iran : 10 États des Amériques traitent l’ingérence comme un continuum
Le Journal ELMARQ ↗Analyse · N°6438
Guerre informationnelle

Iran : 10 États des Amériques traitent l’ingérence comme un continuum

Attentats, financement, ingérence, procédures dévoyées : 10 gouvernements rangent tout dans une même liste contre l’Iran. Une doctrine, pas encore un dossier.

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Illustration editoriale : une analyste devant une carte des Ameriques et trois casiers de dossiers
© ELMARQ · Illustration éditoriale
En brefLa synthèse de cette analyse

Le 5 octobre 2026, 10 gouvernements des Amériques, dont les États-Unis, le Canada, l'Argentine et la Colombie, ont signé une déclaration conjointe publiée par le département d'État, qui attribue à l'Iran et à ses relais des projets létaux, un financement illicite, de l'ingérence politique, des activités d'influence et la compromission de procédures administratives. Selon ELMARQ, la nouveauté tient au rangement : la menace est classée par son effet sur le système visé et non par son outil. La déclaration ne cite toutefois aucune opération ni aucun suspect, n'annonce aucune sanction et ne définit pas l'influence étrangère : c'est une attribution politique collective, distincte de l'arrêt judiciaire AMIA de 2024 et des désignations nationales. Le Brésil et le Mexique n'ont pas signé, sans raison donnée.

À retenir

4 points clés
  1. Le texte innove par le périmètre qu’il donne à la menace : 10 gouvernements rangent dans une même phrase les projets d’attentat, l’ingérence politique et la manipulation de procédures administratives.

  2. Aucune réaction publique iranienne n’avait été rapportée le 6 octobre au matin.

  3. Ce qui est établi est donc précis : 10 gouvernements attribuent ensemble, et publiquement, un ensemble d’activités à l’Iran et à ses relais.

  4. Des 2 côtés de l’Atlantique, la menace hybride devient une catégorie de politique publique, et non plus seulement d’analyse.

Le 5 octobre 2026, le département d’État américain a publié une déclaration conjointe signée par 10 gouvernements des Amériques : les États-Unis, le Canada, l’Argentine, la Colombie, le Costa Rica, la République dominicaine, le Guyana, le Paraguay, le Pérou et Trinité-et-Tobago. Elle condamne les « actions terroristes » et les « autres opérations d’influence malveillantes » menées dans l’hémisphère par l’Iran et ses relais, et somme Téhéran d’y mettre fin. Le texte prolonge un forum contre le terrorisme transnational que Washington et le Paraguay ont coorganisé en septembre.

L’Iran accusé d’activités clandestines en Amérique latine n’a rien de nouveau. Le texte innove par le périmètre qu’il donne à la menace : 10 gouvernements rangent dans une même phrase les projets d’attentat, l’ingérence politique et la manipulation de procédures administratives. C’est ce rangement que nous examinons, et ce qu’il engage.

Ce que le texte énumère, et ce qu’il ne nomme pas

La déclaration tient en 3 paragraphes. Elle range sous un même chef les « projets létaux », la « collecte illicite de fonds », l’« ingérence politique » et les « activités d’influence étrangère », puis des opérations destinées à renforcer des réseaux terroristes, à contraindre des ennemis perçus, à « compromettre des processus juridiques ou administratifs » et à nuire à la sécurité régionale. Les signataires se disent « résolus à entreprendre de nouvelles mesures », sans dire lesquelles, et promettent de renforcer leur coordination.

Le texte ne cite aucune opération, aucun suspect, aucun pays visé, aucune procédure en cours. Il n’annonce ni sanction ni mesure nouvelle. Le site costaricien Delfino a relevé, selon The Rio Times, qu’aucun cas impliquant un signataire n’y figure. Aucune réaction publique iranienne n’avait été rapportée le 6 octobre au matin.

Ce qui est établi est donc précis : 10 gouvernements attribuent ensemble, et publiquement, un ensemble d’activités à l’Iran et à ses relais. C’est une attribution politique collective. Le texte ne rend pas publique la démonstration d’une opération déterminée, et sa force tient au nombre et à la qualité de ses signataires, non à des pièces.

Du projet d’attentat à la procédure administrative, une seule menace

Les politiques publiques classent d’ordinaire une opération étrangère selon son outil : le terrorisme relève de la police antiterroriste, le financement des cellules de renseignement financier, l’influence de dispositifs de transparence ou de détection. La liste du 5 octobre classe autrement. Elle part de l’effet recherché sur le système visé, qu’il s’agisse de tuer, de financer, de peser sur une décision politique ou de dévoyer une procédure.

Ce changement de grille est la donnée importante. L’expression « compromettre des processus juridiques ou administratifs » désigne une cible qui n’est ni une personne ni une opinion, mais le fonctionnement d’une institution. Le Parlement européen a fait un geste comparable le 15 septembre, quand il a relié dans un même texte la désinformation, l’argent et la sécurité des élections, en cessant de traiter l’espace informationnel comme un domaine séparé. Des 2 côtés de l’Atlantique, la menace hybride devient une catégorie de politique publique, et non plus seulement d’analyse.

Dans la même région, 3 niveaux de preuve

La déclaration s’inscrit dans une série d’actes nationaux qui n’ont pas la même force.

Le premier niveau est judiciaire. Le 11 avril 2024, la Chambre fédérale de cassation pénale argentine a jugé que les attentats contre l’ambassade d’Israël en 1992 et contre l’AMIA en 1994, qui a fait 85 morts, avaient été décidés par l’Iran et exécutés par le Hezbollah, et les a qualifiés de crimes contre l’humanité, selon La Nación. C’est une juridiction, après une instruction, sur des faits précis.

Le deuxième niveau est administratif. Le 24 avril 2025, le Paraguay a désigné le Corps des gardiens de la révolution islamique comme organisation terroriste par 3 décrets, et étendu ses désignations du Hezbollah et du Hamas à l’ensemble de leurs structures. Le 31 mars 2026, l’Argentine a inscrit les Gardiens de la révolution à son registre des personnes et entités liées au terrorisme, ce qui permet d’appliquer sanctions et restrictions, selon Infobae. La Colombie a rompu ses relations diplomatiques avec l’Iran à compter du 19 septembre 2026 en invoquant de « présumés liens » avec des groupes terroristes, tout en maintenant les relations consulaires, selon Infobae. Ces actes produisent des effets de droit, sans exiger la publication des éléments qui les fondent.

Le troisième niveau est la déclaration du 5 octobre : une qualification politique commune, sans effet juridique propre et sans pièce publique. Elle n’en est pas moins coûteuse à émettre, puisqu’elle engage 10 diplomaties. Mais elle n’engage pas de la même façon que les 2 autres. Nous décrivions la même asymétrie à propos de l’arrestation de Fairford, où Londres gardait 3 pistes quand Washington n’en retenait qu’une : celui qui enquête supporte le coût de se tromper, celui qui qualifie depuis l’extérieur en supporte moins. Notre doctrine d’attribution impose de garder ces 3 niveaux séparés, même quand ils visent le même acteur.

Une catégorie mobilisée sans être définie

La déclaration ne définit ni l’« ingérence politique » ni les « activités d’influence étrangère ». Ce n’est pas un détail. Nous avons relevé la même lacune dans le mémorandum du Pentagone sur les élections américaines, qui mobilise tout l’appareil de renseignement de défense contre la « foreign malign influence » sans jamais écrire ce que la catégorie recouvre, alors que les Gardiens de la révolution s’adressaient la même semaine au peuple américain à visage découvert.

Sans définition, rien ne sépare dans le texte une opération clandestine d’une communication diplomatique hostile mais ouverte. Le critère utile existe pourtant : il tient moins à la nationalité de celui qui parle qu’à la dissimulation du mandant, au recours à des moyens illicites et à la cible visée. Une déclaration qui énumère sans définir peut fonder une coordination politique ; elle ne permet pas à un tiers de dire si un fait donné entre dans la catégorie.

Ce que la liste des signataires ne dit pas

Le Brésil et le Mexique, les 2 plus grandes économies de la région, n’ont pas signé, comme l’a relevé Infobae. Aucune raison n’a été donnée. Leur absence est un fait, son interprétation n’en est pas un : sans déclaration de leurs gouvernements, y lire une divergence, une prudence ou un simple calendrier serait prêter une intention.

Le contexte, lui, est documenté. La déclaration intervient pendant la guerre ouverte par l’offensive américaine et israélienne contre l’Iran le 28 février, que The Rio Times, citant La Nación et Infobae, décrit comme toujours en cours, et après plusieurs durcissements nationaux chez les signataires. La déclaration fait de ces décisions éparses une position commune, et c’est sa fonction première.

Le document qui fera passer le signal au dossier

Les mots « nouvelles mesures » sont la partie la plus informative du texte, parce qu’ils annoncent une suite sans la décrire. Nous suivrons 5 pièces, par ordre de valeur probante :

  • un premier cas nommé : une personne, un intermédiaire, une société-écran ou une procédure administrative ciblée, rattaché à l’une des catégories du 5 octobre ;
  • des poursuites judiciaires ouvertes dans un pays signataire, qui obligeraient à produire des éléments contradictoires ;
  • des mesures financières nouvelles, désignations ou gels d’avoirs, qui laissent une trace administrative publique ;
  • une définition, dans un texte des signataires, de ce qu’ils entendent par influence étrangère et ingérence politique ;
  • la réponse officielle de Téhéran, et la position publique du Brésil et du Mexique s’ils en prennent une.

Tant qu’aucune de ces pièces n’est publiée, la déclaration renseigne sur une doctrine, pas sur des opérations.

Pour une entreprise présente dans la région

La déclaration ne crée aucune obligation nouvelle. Les désignations nationales, elles, en créent : une entité inscrite au registre argentin ou désignée par décret au Paraguay entre dans les contrôles de conformité et de sanctions. Pour une direction, le travail utile consiste à vérifier si ses partenaires, ses intermédiaires et ses circuits de paiement dans ces pays croisent des entités désignées, et de suivre les « nouvelles mesures » annoncées, qui pourraient étendre ces listes.

Ce que cette analyse ne tranche pas

Nous ne nous prononçons pas sur la réalité des activités que la déclaration attribue à l’Iran : elle n’en publie pas les éléments, et nous n’en détenons aucun. Nous ne déduisons rien de l’absence du Brésil et du Mexique. Nous ne tenons pas une qualification politique, même partagée par 10 gouvernements, pour la preuve d’une opération précise, et nous ne tenons pas davantage l’absence de pièce publique pour la preuve qu’il n’y aurait rien. L’arrêt AMIA et les désignations nationales sont cités pour leur niveau d’engagement, pas pour étayer les catégories du 5 octobre.

§ Questions fréquentes

Ce qu'il faut comprendre

Que dit la déclaration conjointe du 5 octobre 2026 sur l’Iran ?

Publiée par le département d’État américain et signée par les États-Unis, le Canada, l’Argentine, la Colombie, le Costa Rica, la République dominicaine, le Guyana, le Paraguay, le Pérou et Trinité-et-Tobago, elle condamne les actions terroristes et les opérations d’influence attribuées à l’Iran et à ses relais dans l’hémisphère : projets létaux, collecte illicite de fonds, ingérence politique, activités d’influence étrangère, contrainte d’ennemis perçus, compromission de processus juridiques ou administratifs. Elle annonce de nouvelles mesures sans les décrire.

La déclaration apporte-t-elle des preuves ?

Non. Elle ne cite aucune opération, aucun suspect, aucun pays visé et aucune procédure, et n’annonce aucune sanction. C’est une attribution politique collective de 10 gouvernements, dont la force tient au nombre des signataires, pas à des pièces publiques.

Qu’a-t-elle de nouveau selon ELMARQ ?

Elle range dans une même liste les projets d’attentat, le financement, l’ingérence politique et la manipulation de procédures administratives. La menace n’y est plus classée selon l’outil employé, mais selon l’effet recherché sur le système visé, ce qui fait de la menace hybride une catégorie de politique publique.

Pourquoi distinguer plusieurs niveaux de preuve ?

Dans la même région coexistent un arrêt judiciaire, celui de la cassation argentine du 11 avril 2024 attribuant l’attentat de l’AMIA à l’Iran et au Hezbollah, des actes administratifs nationaux comme les désignations paraguayenne et argentine des Gardiens de la révolution, et une qualification politique sans pièce publique. Ils n’engagent pas de la même façon et ne doivent pas se prêter mutuellement leur force.

Que signifie l’absence du Brésil et du Mexique ?

Rien qui soit établi. Ils n’ont pas signé et aucune raison n’a été donnée. Sans déclaration de leurs gouvernements, y lire une divergence reviendrait à prêter une intention.

§ Sources

Références citées

Références citées dans cette analyse : documents originaux, enquêtes, reprises de presse et travaux ELMARQ. Celles qui disposent d'une adresse publique sont liées directement, pour que chaque affirmation puisse être remontée à son émetteur.

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L’analyse de

Marc Lugand-Sacy

Fondateur, Président et associé unique d’ELMARQ.

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Référence académique

Lugand-Sacy, Marc (2026). Iran : 10 États des Amériques traitent l’ingérence comme un continuum. Journal ELMARQ. https://elmarq.fr/journal/iran-dix-etats-ameriques-ingerence-continuum

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