Avant même qu’on sache ce que feront les agents d’intelligence artificielle, la question de leur adresse est posée. Le 7 octobre 2026, l’ICANN, qui coordonne les noms de domaine de l’internet, a publié les candidatures de son nouveau cycle d’extensions. Treize portent sur la même chaîne : .agent. Parmi les candidats figurent les sociétés de registre d’OpenAI, de Google et de Meta.
Le cycle, officiellement « New gTLD Program: 2026 Round », réunit 1 615 candidatures déposées par 481 candidats, dont 333 extensions de type marque, selon l’annonce de l’ICANN, qui précise que ces chiffres restent provisoires jusqu’au 17 novembre. Aucune de ces extensions n’existe encore : ce sont des candidatures, pas des domaines disponibles ni des droits attribués.
La compétition pour .agent porte sur une couche que l’on regarde peu : l’identité sous laquelle les agents d’IA seront nommés, trouvés et, peut-être, tenus responsables.
Qui demande .agent
La liste officielle des candidatures concurrentes place les 13 dossiers dans le même ensemble, le n° 3. Les candidats y figurent sous leur nom légal, pas sous leur marque. OpenAI candidate par OPENAI OPCO, LLC ; Google par Charleston Road Registry Inc., sa société de registre, filiale d’Alphabet ; Meta par Meta Registry Holdings LLC. Deux candidatures sont liées à des groupes chinois : Elegant Leader Limited, rattachée à Alibaba, et FireLabs Capital Ltd, dont la société mère déclarée est Meitu.
Les autres sont des opérateurs de registre spécialisés, comme Radix, XYZ.COM, Intercap ou Rein Check, qui déclare un lien avec Ethos Capital, ainsi qu’EchoStar par sa filiale ECHO Domain, Ipollo Tech, rattachée à Nano Labs, et Internet Land & Cattle. Le treizième, Open Agent Registry, Inc., est le seul à déposer une candidature communautaire. Aucune des 13 n’est une candidature de marque : le guide du programme interdit d’ailleurs qu’un mot générique devienne une extension fermée réservée à son seul propriétaire.
Deux visions du registre
OpenAI, Google et Meta déclarent tous trois un registre ouvert. La réponse d’OpenAI annonce un modèle « available to any registrant without eligibility restrictions », celle de Google un « open registry », celle de Meta un accès ouvert à tout titulaire ayant un lien avec le terme. Chacun pourrait donc, s’il l’emportait, vendre des noms en .agent à n’importe qui, dans les conditions de son contrat avec l’ICANN.
Open Agent Registry propose autre chose. Dans son dossier, un nom en .agent ne fonctionnerait que si son titulaire est identifié, signe un engagement de responsabilité pour les agents qui opèrent sous ce nom et publie un enregistrement permettant de les découvrir. Ces règles seraient inscrites dans le contrat de registre. L’idée est de faire de l’adresse un point d’ancrage de la responsabilité : savoir qui répond d’un agent qui agit, achète ou négocie au nom de quelqu’un.
Celui qui exploite un registre ne contrôle pas les agents eux-mêmes. L’opérateur d’un registre fixe en revanche qui peut enregistrer un nom, à quelles conditions et selon quelle procédure en cas d’abus. Pour une extension appelée à désigner des programmes autonomes, ce pouvoir de règle n’est pas anodin.
Comment le départage se fera
Le guide du candidat ne prévoit que deux voies pour départager des candidatures concurrentes. La première est l’évaluation de priorité communautaire : un candidat communautaire qui obtient au moins 12 points sur 16 l’emporte sur tous les autres. Le guide précise vouloir éviter de donner la priorité à une « communauté » construite seulement pour obtenir un mot générique convoité. La seconde est une enchère organisée par l’ICANN, au format où le gagnant paie la deuxième offre la plus élevée.
Toute autre voie est interdite. Les enchères privées, les coentreprises ou les arrangements entre candidats sont « strictly prohibited ». C’est une rupture avec le cycle de 2012, où les candidats concurrents réglaient souvent leurs différends entre eux. Pour .agent, aucun acteur ne pourra racheter discrètement le retrait des autres : soit le candidat communautaire passe l’évaluation, soit la chaîne ira à l’enchère de l’ICANN.
Le calendrier, et ce qui reste ouvert
Jusqu’au 21 octobre à 23 h 59 UTC, les candidats qui avaient désigné une chaîne de remplacement lors du dépôt peuvent basculer vers elle. Le 17 novembre, l’ICANN publiera la liste définitive des chaînes et des ensembles concurrents. S’ouvrira alors une période de 104 jours, jusqu’au 16 mars 2027, pour les commentaires et les objections. Les gouvernements, réunis au sein du comité consultatif de l’ICANN, peuvent émettre un avis dans le même délai.
L’évaluation des chaînes doit ensuite durer environ 180 jours, avant l’examen des candidats, le départage, la signature d’un contrat sous 90 jours après invitation, puis la mise en service dans l’année suivant la signature. Au 18 octobre 2026, le portail de l’ICANN n’indique aucune candidature contractée ni déléguée. Aucune date de mise en service de .agent ne peut être annoncée sérieusement.
Ce que les entreprises peuvent faire dès maintenant
Pour une entreprise, l’enjeu n’est pas de candidater, la fenêtre de dépôt étant close depuis le 12 août. Il est de savoir quelles extensions pourraient accueillir demain son nom ou celui de ses produits, et de préparer sa défense. La période d’objection qui s’ouvre le 17 novembre admet 4 motifs seulement, dont l’atteinte à des droits, en particulier au droit des marques. Une entreprise qui estime qu’une extension demandée porte atteinte à sa marque dispose d’une fenêtre précise pour le faire valoir, du 17 novembre 2026 au 16 mars 2027.
Au-delà de .agent, la liste contient d’autres chaînes liées à l’intelligence artificielle, comme .agi, .llm, .gpt ou .model, et des extensions de marque à candidat unique, comme .chatgpt, .gemini ou .claude. Les noms sous lesquels les agents d’IA seront identifiés se décident maintenant, dans une procédure technique que peu de directions de la communication suivent. Les enjeux de réputation et d’usurpation qu’ils porteront se préparent avant la mise en service, pas après.
Les faits proviennent des annonces de l’ICANN des 13 août, 29 septembre et 7 octobre 2026, de la liste officielle des ensembles concurrents, du portail des candidatures consulté le 18 octobre 2026 et du guide du candidat du programme 2026. Les sociétés mères et actionnaires sont ceux que les candidats déclarent dans leurs dossiers. Les chiffres du cycle restent provisoires jusqu’au 17 novembre 2026. Cet article ne formule aucun pronostic sur l’issue du départage.




