Le 25 septembre 2026, la procureure adjointe de la Cour pénale internationale, Nazhat Shameem Khan, a décrit dans un entretien au Financial Times ce que l’institution a fait depuis un an. Selon ses mots, un travail considérable a été mené pour que la Cour soit protégée des effets d’éventuelles sanctions futures.
Ces sanctions n’existent pas. Aucune mesure visant l’institution entière n’a été prise. La Cour a pourtant déjà modifié ses logiciels, ses circuits bancaires, son assurance santé et son calendrier de paie.
C’est ce décalage qui fait l’intérêt du dossier, et il se décrit précisément.
Les 4 mesures relèvent de 3 natures différentes
La Cour a remplacé sa suite bureautique Microsoft par openDesk, une solution libre d’origine allemande. Elle a cherché des solutions de repli bancaires. Elle a sécurisé des alternatives pour l’assurance santé de ses personnels. Et elle verse certains salaires plusieurs mois à l’avance.
Ces mesures sont souvent présentées ensemble. Elles ne relèvent pourtant pas du même geste.
Le changement de logiciel est une substitution : un fournisseur remplace un autre, et la fonction continue. Les solutions bancaires et assurantielles relèvent d’un approvisionnement alternatif : la fonction reste la même, on en multiplie les sources.
Le versement anticipé des salaires n’est ni l’un ni l’autre. C’est une pré-exécution : la fonction est accomplie à l’avance, parce qu’on redoute de ne plus pouvoir l’accomplir plus tard.
La mesure qui dit ce qui est réellement craint
Retenons celle-là, parce qu’elle est la plus instructive et que les reprises la traiteront comme un détail d’intendance.
Payer d’avance ne protège pas d’une sanction. Cela ne fait que déplacer dans le temps le moment où la contrainte mordra. Une substitution peut durer indéfiniment, un approvisionnement alternatif aussi. Une pré-exécution, non : elle achète des mois, pas des années, et son échéance est connue de celui qui l’a décidée comme de celui qui pourrait la provoquer.
Ce que cette mesure révèle, c’est la fonction que l’institution juge la moins substituable. On remplace un logiciel. On change de banque, difficilement. On ne remplace pas la capacité de virer un salaire, on peut seulement l’exercer plus tôt.
Voilà l’enseignement transposable. Dans un plan de continuité, la mesure qui consiste à faire quelque chose à l’avance plutôt qu’à le sécuriser autrement désigne exactement le point où l’organisation sait qu’elle n’a pas de solution.
Le coût est payé avant l’acte
Aucune sanction visant l’institution n’a été adoptée. Les mesures, elles, sont prises, financées et appliquées.
Une migration bureautique complète, une réorganisation bancaire, une renégociation d’assurance et une avance de trésorerie sur la paie représentent un coût réel, immédiat, et supporté par une seule des 2 parties. L’autre n’a rien décidé.
C’est la propriété la plus générale de ce dossier, et elle vaut bien au-delà de la justice internationale : une menace crédible produit son effet avant d’être exécutée, et c’est la cible qui en paie le prix. Celui qui menace n’a même pas besoin d’agir pour obtenir une réallocation de ressources chez celui qui est menacé.
Ce qu’il ne faut accuser personne d’avoir fait
Notre doctrine d’attribution stricte impose ici plusieurs refus, et ils sont tous nécessaires.
Aucun fournisseur n’a interrompu son service. Microsoft n’a pas coupé la Cour, et aucune banque ni aucun assureur n’a rompu de relation. La Cour a bougé par anticipation, et écrire l’inverse serait inexact.
Aucune sanction visant l’institution entière n’a été adoptée. Titrer sur une coupure ou sur une paralysie confondrait une préparation avec une épreuve.
Et rien n’établit qu’une entreprise soumise à une juridiction appliquerait nécessairement une mesure de cette nature à cette institution. Ce qui est établi est plus mesuré : la Cour a estimé que l’hypothèse méritait des dépenses.
Précisons enfin le rattachement doctrinal, puisque la tentation était réelle. Ce cas ressemble à ce que notre corpus appelle la privatisation de l’ingérence, et il n’en relève pas. Cet actif décrit un État qui externalise une action hostile à des acteurs privés. Ici, un État userait de sa juridiction sur des prestataires pour les empêcher de servir. Ce n’est pas la même opération, et notre registre porte justement la trace d’un rattachement par ressemblance retiré sur cet actif au mois de septembre. Nous ne nommons pas davantage un mécanisme nouveau : un concept sans méthode ni échelle est une formule d’article.
La grille que ce cas rend utilisable
Une organisation peut sortir de ce dossier avec un exercice, et il tient en 6 colonnes.
Pour chaque fonction vitale, nommer le fournisseur, la juridiction dont il dépend, l’existence ou non d’un substituant, le délai de remplacement, et le coût d’une interruption. Puis, pour chaque ligne, classer la parade disponible dans l’une des 3 catégories : substitution, approvisionnement alternatif, ou pré-exécution.
Les lignes où la seule parade est une pré-exécution sont celles qui doivent inquiéter. Ce sont les fonctions sans solution, et le délai qu’elles achètent est le délai réel dont dispose l’organisation.
Ce qui ferait passer de la préparation à l’épreuve
Il en faudrait 2, et ils sont observables. L’adoption effective d’une mesure visant l’institution, qui transformerait une hypothèse en situation. Ou, sans même cela, la première interruption documentée d’un service par un fournisseur, qui montrerait que l’anticipation portait sur le bon risque.
Tant qu’aucun des 2 ne survient, ce qui est acquis tient en une ligne, et c’est déjà beaucoup. Une institution internationale a jugé qu’une menace non exécutée justifiait de refaire ses logiciels, ses banques, son assurance et sa paie.


