Le 23 juillet, l'avocat de la DJ Barbara Butch annonce le dépôt de plusieurs plaintes après l'interruption de son concert au festival Cabaret Frappé de Grenoble le 18 juillet. Les plaintes visent notamment La France insoumise, certains de ses élus et représentants locaux, le média Omerta et l'essayiste Alain Soral. Les faits allégués pourraient selon lui relever de la provocation publique à la haine et à la violence, de violences aggravées, de l'entrave à la liberté de création artistique, du cyberharcèlement aggravé, de la diffamation et de l'injure publiques aggravées. Ce ne sont à ce stade que des allégations portées par une plainte, aucune n'est établie ni qualifiée par la justice, présomption d'innocence stricte pour toutes les parties visées. Le parquet de Grenoble avait ouvert le 21 juillet une enquête pour délit d'entrave concertée aux libertés, et la mairie de Grenoble a porté plainte contre X. En réponse, la présidente du groupe LFI Mathilde Panot concède que le tract distribué était mauvais et condamne les violences, tout en affirmant qu'il n'y a pas d'antisémitisme dans les rangs du mouvement, réfutant ainsi l'accusation portée les jours précédents par la ministre Aurore Bergé.
« il n'y a pas d'antisémitisme dans nos rangs »
Sous la pression d'une plainte, le dispositif de LFI passe de la dissociation à la concession partielle, et c'est le mouvement à lire. Trois jours plus tôt, Bompard scindait l'objet, protestation pacifique légitime contre insulte inacceptable, sans rien concéder de concret. La plainte change le rapport de forces, et la réponse de Panot cède un cran, le tract était mauvais, aveu tactique sur la forme qui vise à protéger le fond, il n'y a pas d'antisémitisme dans nos rangs. Concéder le contenant, un tract, pour verrouiller le contenu, l'accusation de racisme, est une manoeuvre classique de recul organisé, on lâche le terrain le moins coûteux pour tenir le plus dangereux. Le dispositif reste confié à une figure intermédiaire, la présidente de groupe, jamais au candidat, ce qui maintient la séquence à distance de la tête à un moment où elle devient judiciaire. L'observatoire ne se prononce ni sur la qualification des faits, qui relève d'une enquête et de plaintes non jugées, ni sur l'accusation d'antisémitisme, qui reste un propos attribué à la ministre et réfuté par le mouvement, aucune des deux n'étant établie. Ce qui se documente ici est la mécanique du recul, la vitesse à laquelle une ligne de défense cède sa périphérie pour sauver son centre quand le terrain passe du média au prétoire.
Quand un différend passe du terrain médiatique au terrain judiciaire, la ligne de défense doit choisir vite ce qu'elle concède et ce qu'elle tient, et l'erreur serait de tout défendre. Céder la périphérie la moins coûteuse, ici la qualité d'un tract, pour verrouiller le centre le plus dangereux, ici l'accusation la plus grave, est un recul organisé, pas une capitulation. Garder la parole à une figure intermédiaire tant que le dossier est judiciaire protège le principal. La limite est le rythme, une concession qui arrive trop tard, sous la contrainte de la plainte plutôt qu'avant, se lit comme un aveu arraché et non comme une clarification choisie.