Le 18 juillet, un concert de la DJ Barbara Butch à Grenoble est interrompu après une vingtaine de minutes par une mobilisation propalestinienne soutenue localement par LFI Grenoble, qui avait appelé au boycott, un élu insoumis grenoblois ayant revendiqué sa participation. La Ville de Grenoble condamne des menaces, intimidations et violences, et une enquête pour délit d'entrave concertée aux libertés est ouverte par le parquet le 21 juillet. Les responsables nationaux de LFI n'avaient pas relayé l'appel local. La ministre de la Culture Aurore Bergé accuse, elle, la DJ d'avoir été chassée parce qu'elle est juive et met LFI en cause, accusation que le mouvement conteste et qui ne constitue pas une qualification judiciaire établie, l'enquête étant en cours. Au 8h30 franceinfo du 20 juillet, le coordinateur national de LFI Manuel Bompard porte la réponse du mouvement, il dit comprendre les protestations pacifiques visant les positions de Barbara Butch tout en jugeant d'éventuelles insultes absolument inacceptables. Présomption d'innocence sur le volet judiciaire, aucun fait n'est à ce stade qualifié par la justice.
« absolument inacceptables »
Le dispositif national de LFI consiste à couper en deux un objet qu'on lui présente comme indivisible. Un ministre pose l'équation la plus contraignante possible, un concert empêché, une artiste chassée parce qu'elle est juive, LFI en cause, ce qui somme le mouvement de choisir entre désavouer ses militants locaux ou endosser une accusation d'antisémitisme. La réponse de Bompard refuse ce choix binaire en scindant l'objet, il valide la protestation pacifique, légitime selon lui contre les positions de la personne visée, et condamne séparément l'insulte, absolument inacceptable, ce qui lui permet de ne renier personne tout en se lavant de l'excès. La triangulation est nette, un bien, la contestation politique, un mal, le débordement, et une frontière tracée entre les deux qui replace le mouvement du bon côté sans qu'il ait à trancher le cas concret de Grenoble. Le choix du porte-voix est cohérent, la réponse est confiée au coordinateur national et non aux figures locales impliquées ni à Mélenchon lui-même, ce qui maintient le sujet à distance de la tête et évite d'en faire une séquence de campagne. L'observatoire ne se prononce pas sur la qualification des faits, qui relève d'une enquête ouverte, il documente la mécanique de la réponse, un dispositif de dissociation destiné à absorber une accusation sans céder de terrain militant.
Quand un adversaire vous présente un objet indivisible pour vous forcer à choisir entre deux mauvaises réponses, la parade est de le diviser, séparer la cause que vous défendez du débordement que vous condamnez, et tracer vous-même la frontière plutôt que de la laisser tracer contre vous. Confier cette réponse à une voix intermédiaire, ni la tête ni les impliqués, tient le sujet à distance. La limite est étroite, une dissociation qui paraît trop commode se lit comme une esquive, et sur un terrain aussi sensible, la frontière tracée doit être tenue dans les actes, pas seulement dans la phrase.