Le 5 août 2026, en matinale sur RTL, Raphaël Glucksmann répond à une opération de déstabilisation attribuée à la Russie qui l'a visé ces derniers jours, une opération touchant aussi sa compagne, la journaliste Léa Salamé, et le journaliste Edwy Plenel, via une vidéo de près de deux minutes à la voix générée par intelligence artificielle portant une allégation d'achat d'influence médiatique en faveur de sa candidature. Sa réponse, publique et personnelle, dépasse le démenti. Il appelle les autorités françaises et européennes à ne pas céder face aux ingérences, réclame que les grandes plateformes, nommément X et TikTok, soient contraintes de respecter les règles européennes et sanctionnées à défaut, et convoque le précédent roumain de 2024, l'élection de Calin Georgescu ayant bénéficié selon lui d'une campagne de soutien illicite orchestrée depuis Moscou notamment sur TikTok, avant son annulation. Il vise dans le même mouvement l'exploitation par la droite et l'extrême droite de la crise migratoire de Ceuta pour demander la suspension de l'Espagne de Schengen. L'observatoire ne reproduit pas le contenu de l'allégation autrement que pour identifier l'objet du démenti, l'attribution de l'opération à une origine russe étant reprise de l'AFP.
« Ce que je demande, c'est qu'on n'ait pas la main qui tremble face à Elon Musk et X, qu'on n'ait pas la main qui tremble face au Parti communiste chinois »
Le dispositif est l'inverse exact de celui d'Édouard Philippe face à une opération du même type quinze jours plus tôt. Là où Philippe avait fait répondre son entourage en un mot pour ne pas propager la rumeur, Glucksmann prend lui-même la parole en matinale nationale, amplifie et internationalise. Le recadrage est l'opération centrale, l'attaque personnelle contre sa probité est convertie en enjeu de régulation des plateformes, c'est-à-dire déplacée du terrain où elle le fragilise vers celui où son expertise fait autorité. La triangulation arme le propos, viser simultanément Moscou, une plateforme américaine et le pouvoir chinois interdit de le ranger dans un camp et neutralise la riposte partisane. L'ancrage sur le précédent roumain fonctionne comme preuve de faisabilité, il transforme une inquiétude en scénario documenté. La montée en tension, enfin, élargit la cible à la responsabilité des autres candidats sur Ceuta. Les deux dispositifs, celui de Philippe et le sien, sont cohérents avec la configuration de chacun, une attaque visant une aptitude ne se réfute pas sans se propager, une attaque visant la probité peut se retourner quand la cible dispose d'une expertise reconnue sur le terrain de l'ingérence. Ce n'est pas une divergence de qualité mais de configuration.
Face à une attaque informationnelle, la réponse n'a pas de forme unique, elle dépend de ce qui est visé. Une attaque contre une aptitude gagne souvent à ne pas être commentée, tout démenti la prolonge. Une attaque contre la probité peut au contraire être retournée en tribune, à condition de disposer d'une légitimité reconnue sur le terrain où l'on déplace le débat. Convertir l'agression en revendication, plutôt que la subir en démenti, suppose de tenir ce terrain mieux que l'adversaire.