Invité de BFM Politique le dimanche 14 juin, le coordinateur national de La France insoumise, Manuel Bompard, soutient que Jean-Luc Mélenchon est le seul à pouvoir l'emporter face à l'extrême droite en 2027. Il tend la main au Parti communiste et aux Écologistes tout en maintenant Mélenchon au centre du dispositif, et présente les divergences entre Marine Le Pen et Jordan Bardella comme une incohérence adverse. Ce cadrage répond frontalement à celui de Raphaël Glucksmann, dont le meeting de la veille à Aubervilliers a posé une union de la gauche qui exclut les insoumis.
« je tends la main au Parti communiste et aux Écologistes »
Le dispositif insoumis répond à un dispositif concurrent par un même mot, l'union, retourné dans l'autre sens. Là où Glucksmann construit un rassemblement qui se définit par ce qu'il exclut, le porte-parolat insoumis recadre l'union autour de son propre candidat et tend la main aux partenaires que l'autre laisse de côté, ce qui replace LFI au centre du jeu dont un adversaire l'avait sortie. L'argument du seul capable de gagner est une figure de vote utile activée très en amont, avant toute primaire et toute déclaration formelle, qui cherche à fixer la hiérarchie de la gauche par l'affirmation plutôt que par le résultat. Le choix d'un porte-parole pour porter ce cadre, plutôt que le candidat lui-même, préserve la rareté de la parole du principal et teste l'argument sans l'exposer. Désigner les divergences Le Pen et Bardella comme une incohérence sert le même mouvement, transférer sur l'adversaire le reproche de désunion que l'on s'efforce d'écarter de son propre camp.
Quand un concurrent capte un mot fort en le définissant par une exclusion, le reprendre tel quel et l'élargir prive l'adversaire de son exclusivité sans céder le terrain. Le revers est qu'affirmer très tôt être le seul à pouvoir gagner engage une promesse que seul le scrutin valide, et que la formule se retourne si les sondages ne suivent pas.