Le 13 juillet, Les Écologistes dévoilent leur programme pour la campagne présidentielle 2027 autour de leur dirigeante et candidate Marine Tondelier. Le volet institutionnel propose l'instauration d'une Première République écologique et citoyenne, avec la fin du présidentialisme, la sacralisation de l'indépendance de la justice et l'inscription dans la Constitution d'éléments jugés indispensables à la vie commune, dans une défense revendiquée de l'État de droit décrit comme attaqué de toute part et mis en cause par des médias d'extrême droite. Le second axe vise une sortie du capitalisme au profit d'une prospérité écologique, avec une fiscalité verte et juste, ISF climatique, TVA verte et transformation de la fiscalité des transports, prix des billets d'avion augmenté et coût du ferroviaire réduit, en distinguant les plus riches des classes moyennes et populaires. Le parti maintient sa tradition fédéraliste européenne et propose un haut conseil militaire intégré rattaché au Conseil européen. Le programme est présenté comme le fruit de dix mois de travail et de 50 000 propositions individuelles, avec consultation de think tanks, syndicats, chercheurs, associations et hauts fonctionnaires. Il intervient quatre jours après le vote socialiste qui enterre la primaire unitaire, et alors que Marine Tondelier a obtenu début juillet le soutien de principe des militants à une candidature autonome.
« Première République écologique et citoyenne »
Le geste le plus significatif est un acte de nomination. Proposer une Première République écologique et citoyenne plutôt qu'une VIe République donne un nom neuf à un projet dont la dépêche note elle-même qu'il a des points communs avec celui de La France insoumise, fin du présidentialisme, refonte constitutionnelle. Le dispositif différencie donc par le vocabulaire là où le fond converge, ce qui remplit une fonction précise pour un parti qui vient de perdre la primaire unitaire et refuse d'être absorbé dans le cadre de son voisin le plus encombrant, on occupe le même terrain sans emprunter son lexique, et le chiffre ordinal, Première plutôt que sixième, revendique une fondation quand l'autre revendiquait une succession. Le calendrier est le second élément à lire, le programme tombe quatre jours après le vote socialiste et trois jours après le message annonçant des conseils fédéraux pas avant le 13, c'est-à-dire au moment exact où la stratégie autonome doit se décider, ce qui lui fournit un contenu au lieu de la laisser à l'état d'hypothèse. La mention des dix mois de travail et des 50 000 propositions individuelles est un dispositif de légitimité, elle présente le texte comme accumulé et participatif, donc antérieur à la déroute de la primaire, ce qui prévient la lecture d'un programme écrit en réaction. Enfin, la désignation d'un adversaire, les médias d'extrême droite mis en cause dans la défense de l'État de droit, fournit au dispositif une altérité qui ne soit ni le PS ni LFI, c'est-à-dire hors du camp où se joue sa concurrence immédiate.
Quand votre projet ressemble à celui d'un concurrent proche, la différenciation passe d'abord par le nom, un vocabulaire propre permet d'occuper le même terrain sans se faire absorber dans le cadre de l'autre. Documenter l'ancienneté et l'ampleur du travail, ici dix mois et cinquante mille contributions, protège d'une lecture opportuniste au moment où la conjoncture vous pousse. Et désigner un adversaire situé hors de votre zone de concurrence immédiate donne une cible sans nourrir la guerre de camp qui vous coûte. La limite est connue, un nom neuf sur une idée voisine ne tient que si l'on peut expliquer la différence de fond quand la question sera posée.