Au lendemain du vote socialiste pour une primaire fermée, Marine Tondelier adresse un message aux adhérents écologistes. Elle acte que le Parti socialiste a enterré la primaire unitaire, comme La France insoumise l'avait fait auparavant, et convoque deux réunions successives du conseil fédéral, pas avant le 13 juillet, pour trancher la stratégie, dont l'hypothèse d'une candidature autonome. Elle précise qu'elle ne réagira plus publiquement avant ces réunions.
« Les adhérents du Parti socialiste ont hier soir décidé d'enterrer la primaire, comme la FI l'a fait il y a bien longtemps maintenant »
Le dispositif transforme une impasse subie en séquence maîtrisée par le tempo. Le vote socialiste prive Tondelier de la coalition qu'elle défendait, elle n'a plus de primaire unitaire à faire vivre, situation qui pourrait la mettre en défensive. Le geste consiste à reprendre la main sur le calendrier, en actant elle-même l'enterrement plutôt que de le subir, et en annonçant qu'elle ne parlera plus avant ses propres réunions, pas avant le 13. Ce silence stratégique daté est l'inverse d'un mutisme, il fixe un rendez-vous, celui du conseil fédéral, et convertit un vide de position en attente organisée. Le choix du canal interne, un message aux adhérents plutôt qu'une déclaration publique, sert le même but, s'adresser d'abord à sa propre base pour préparer la bascule vers la candidature autonome sans l'annoncer prématurément. La formule comme la FI l'a fait renvoie dos à dos les deux formations qui ont refusé la primaire, une manière de ne pas endosser seule la responsabilité de la rupture.
Quand une option se ferme, acter soi-même sa fin et fixer la date de sa prochaine parole rend le contrôle du tempo, un silence annoncé et daté vaut mieux qu'un silence subi. S'adresser à sa base par un canal interne avant toute déclaration publique prépare un virage sans l'exposer trop tôt. Le risque est l'attente, un rendez-vous fixé à soi-même n'a de valeur que si la décision qui en sort est à la hauteur du suspense entretenu.