Le samedi 3 octobre 2026, un extrait vidéo est diffusé sur les réseaux sociaux. Tiré d'une réunion de Raphaël Glucksmann avec des militants dans un café, il le montre reprochant à Ségolène Royal d'avoir fait « la danse du ventre à Macron » ces dernières années, et disant qu'il irait « pisser » sur Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Le dimanche 4 octobre, lors du troisième débat de la primaire sur BFMTV, Ségolène Royal déplore le « sexisme consternant » de la remarque et déclare : « c'est une agression, en plus à connotation sexuelle ». Olivier Faure intervient : « Le plus simple, c'est de s'excuser. » Raphaël Glucksmann tient alors deux énoncés. Il conteste d'abord la qualification, soutenant qu'il n'y a « pas de connotation sexiste » dans l'expression, puis il présente des excuses dans une forme conditionnelle, « Désolée si ces propos ont été perçus comme étant sexistes », avant de dire « Je suis désolé ». Sur les propos visant Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, il déclare : « Une fois que c'est sorti, oui j'assume », tout en ajoutant : « Je ne pense pas qu'il faille utiliser ce langage dans le débat public. » Le scrutin de la primaire se tient cinq jours plus tard.
« Désolée si ces propos ont été perçus comme étant sexistes »
Les excuses et la contestation sont tenues ensemble, et c'est la structure même du dispositif. L'excuse porte sur la réception, si ces propos ont été perçus, pendant que la qualification est refusée sur le fond, pas de connotation sexiste. Les deux énoncés ne se contredisent pas formellement, puisque l'un parle de ce qui a été compris et l'autre de ce qui a été dit, mais ils laissent à l'interlocutrice le soin d'avoir mal compris. C'est ce qui les rend coûteux : une excuse conditionnelle est entendue comme une excuse par ceux qui la demandaient et comme un maintien par ceux qui l'accordaient. Le « Je suis désolé » qui suit, inconditionnel, corrige en partie, et l'écart entre les deux formulations prononcées à quelques secondes d'intervalle est la trace du calcul en cours. La réponse sur les propos visant Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen est d'une autre nature. Une fois que c'est sorti, oui j'assume fait dépendre l'assomption de la fuite, et non du propos : ce qui est assumé, c'est d'avoir été entendu, pas d'avoir dit. La phrase suivante, qui juge ce langage inadapté au débat public, maintient la distinction entre une réunion de militants et une scène publique, distinction que l'existence même de l'extrait vient de supprimer. L'épisode se produit cinq jours avant un scrutin fermé, ce qui lie le coût de la séquence à un corps électoral restreint et déjà inscrit, et non à l'opinion générale.
Une excuse qui porte sur la perception et non sur l'acte vous laisse la main sur le fond et vous retire le bénéfice de l'excuse : elle sera citée avec son « si ». Et considérez que toute parole tenue devant des militants est une parole publique différée, puisque ce qui fait la différence n'est pas le lieu mais le délai de diffusion.
- PrimaireLCP (« Danse du ventre à Macron », Glucksmann se dit « désolé » face à Royal, mais conteste tout sexisme), publié le 4 octobre 2026 à 22 h 12, mis à jour le 5 octobre à 0 h 03 · 2026-10-04
- PrimaireDépêche AFP (un dernier débat pour départager les candidats de la primaire de la gauche), reprise par Orange, publiée le 4 octobre 2026 à 23 h 10 · 2026-10-04