La crise de la citation : ce qui se casse entre une réponse d’IA et ses sources
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La crise de la citation : ce qui se casse entre une réponse d’IA et ses sources

Quand une IA cite une source, l’utilisateur y voit une preuve. La recherche de 2025 et 2026 démonte cette confiance maillon par maillon : une part des réponses n’a déclenché aucune recherche, les pages consultées ne sont pas celles citées, 30,6 % des citations déforment le contenu de leur source, 3 à 13 % des URL citées n’existent pas, près de 147 000 références fantômes ont déjà été publiées dans la littérature, et le plus troublant, une citation fabriquée rend le modèle plus crédule, pas moins. Quatrième volet de notre série : être cité par une IA ne prouve ni d’avoir été lu, ni d’avoir été compris, ni même d’exister. Ce qui se mesure, en revanche, c’est toute la chaîne.

Marc Lugand-Sacy10.08.20268 min de lecture1 737 mots
§ À retenir4 points clés
  1. 01

    Marc Lugand-Sacy, président d’ELMARQ, cité par La Tribune Dimanche comme expert de la guerre informationnelle.

  2. 02

    Pour les fabricants de désinformation, c’est un mode d’emploi.

  3. 03

    Sans promesse de résultat, et c’est précisément le point : dans un domaine où 30,6 % des citations trahissent leur source, la seule autorité qui vaille est celle qui montre sa chaîne. possible

  4. 04

    Volets précédents de la série : ce que 45 études établissent sur le référencement IA, qui possède la recommandation IA et le passeport des marques.

Conférence sur la crise de la citation dans les réponses d'IA : une slide décompose la chaîne cassée entre une réponse d'IA citant des sources et la source réellement récupérée, avec un chiffre déformé de 23 à 31 pour cent, une attribution erronée et un lien inexistant, et les repères 30,6 pour cent de citations déformant leur source, 3 à 13 pour cent d'URL inexistantes, 146 932 références fantômes, et la chaîne présence, fidélité, adéquation, existence
© ELMARQ · Illustration éditoriale

Quand une IA cite une source, l’utilisateur y voit une preuve, et ne vérifie presque jamais la page citée. La recherche publiée en 2025 et 2026 vient de démonter cette confiance maillon par maillon : une part substantielle des réponses n’a déclenché aucune recherche réelle, les pages consultées ne sont pas celles qui sont citées, près d’un tiers des citations déforment le contenu de leur source, une fraction des URL citées n’existe tout simplement pas, des dizaines de milliers de références fantômes ont déjà été publiées dans la littérature elle-même, et, découverte la plus troublante du corpus, une citation fabriquée rend le modèle plus crédule, pas moins. Être cité par une IA ne prouve ni d’avoir été lu, ni d’avoir été compris, ni même d’exister. Voici la chaîne complète, chiffres et périmètres à l’appui.

Premier maillon : la recherche n’a pas toujours eu lieu

Tout commence avant la citation. Une analyse d’environ 14 000 réponses réelles de modèles dotés de recherche, publiée sous le titre explicite de crise de l’attribution, relève qu’environ 34 % des réponses de Gemini étudiées et 24 % de celles de GPT-4o n’activent pas explicitement de recherche ; que dans ce corpus, Gemini n’affiche aucune citation cliquable dans 92 % des réponses ; et que Perplexity Sonar consulte environ dix pages pertinentes pour n’en citer généralement que trois ou quatre, selon un travail également paru dans la revue Data and Policy de Cambridge. probable

Trois conséquences tiennent dans ces chiffres. Une réponse peut parler de vous sans avoir rien consulté du tout, sur la seule mémoire du modèle. Une page peut avoir été lue, utilisée, et jamais créditée. Et le taux de citation d’un contenu dépend autant de l’économie interne du moteur que de la qualité du contenu. Source citée, source utilisée et source causale sont trois choses différentes, et les confondre est l’erreur fondatrice de tous les compteurs de mentions. possible

Deuxième maillon : la citation déforme ce qu’elle cite

Le travail le plus massif du corpus s’appelle CITETRACE (arXiv 2605.28565) : 11 200 requêtes réelles issues de 28 communautés, 112 000 réponses, dix modèles de cinq fournisseurs, 761 495 paires citation-source évaluées sur trois dimensions, l’alignement à l’intention, l’adéquation de la source et la fidélité de la citation. Verdict : 30,6 % des citations analysées déforment le contenu de leur source, 27,1 % proviennent de sources inadéquates au domaine, et selon les systèmes, jusqu’à 96 % des utilisateurs rencontrent au moins une citation structurellement trompeuse. probable

Les auteurs nomment le phénomène verified misguidance, l’égarement vérifié : la source est réelle, accessible, parfois fidèlement citée, et la réponse induit quand même en erreur. Ils documentent un arbitrage cruel : les modèles qui citent fidèlement tendent à choisir des sources inadéquates, et ceux qui choisissent des sources adéquates tendent à en déformer le contenu. Et le facteur dominant n’est pas la requête : 88 à 96 % de la variance de qualité observée s’explique par le fournisseur. probable Choisir le moteur qu’on utilise, ou celui qu’on mesure, c’est choisir une qualité de citation.

Troisième maillon : la source citée peut ne pas exister

Descendons encore. Un audit portant sur plus de 220 000 URL citées par une dizaine de modèles et d’agents de recherche estime que 3 à 13 % des URL citées sont probablement hallucinées, sans trace dans les archives du web, et que 5 à 18 % ne se résolvent pas ; un simple contrôle externe d’existence des URL réduit les liens non résolubles de 6 à 79 fois selon les configurations (arXiv 2604.03173). probable La phrase qui figure sur les outils sérieux du marché, une URL déclarée par le modèle peut ne pas exister, n’est pas une précaution rhétorique : elle est empiriquement fondée, et le remède est connu et peu coûteux.

Le plus inquiétant est que ces fantômes ne restent pas dans les conversations. Une analyse de 111 millions de références dans 2,5 millions de publications scientifiques estime, de façon conservatrice, à 146 932 le nombre de références inexistantes publiées en 2025, en lien avec la montée de l’écriture assistée (arXiv 2605.07723). probable Une étude de cas a par ailleurs identifié une centaine de citations fabriquées dans 53 papiers acceptés à une grande conférence d’IA, la conférence NeurIPS 2025, passées au travers de trois à cinq relecteurs experts chacun (arXiv 2607.00738). probable Ajoutez le résultat déjà documenté dans le premier volet de cette série, environ 16 % des sources citées par quatre moteurs présentant des indices de génération par IA, et la boucle se referme : l’hallucination est publiée, indexée, puis réingérée. Ce n’est plus un bug de conversation, c’est une pollution de corpus, et elle est cumulative. possible

Quatrième maillon, le plus dérangeant : le costume de preuve rend crédule

On pourrait croire que les citations, même imparfaites, tirent la qualité vers le haut. Un banc d’essai de 220 564 prompts sur sept modèles et quatre domaines démontre le contraire : la présence de citations, qu’elles soient réelles ou fabriquées de toutes pièces, augmente de façon constante le taux d’hallucination du modèle par rapport à une réponse sans citation (arXiv 2606.13104). probable

La conclusion honnête n’est pas une recette : c’est un principe. Une source qui ressemble à une preuve fonctionne comme un signal d’autorité, même lorsqu’elle est fausse ; et les signaux d’autorité modifient le comportement des modèles. Pour les fabricants de désinformation, c’est un mode d’emploi. Pour tous les autres, c’est la raison pour laquelle la vérification de la chaîne, pas son apparence, est devenue le seul étalon. possible

Ce que cela change pour une marque, un média, une institution

Ramenons la chaîne à ce qu’elle signifie pour quiconque veut exister proprement dans les réponses des IA. D’abord, un compteur de mentions ne mesure presque rien : il additionne des citations sans recherche, des citations infidèles, des sources inadéquates et des URL mortes dans le même total. Les quatre questions qui comptent sont distinctes : suis-je présent, la citation est-elle fidèle à ce que je publie, la source retenue est-elle adéquate, et existe-t-elle seulement. possible

Ensuite, la réputation dans les IA est un système d’autorité distribuée : une cartographie de 167 551 citations sur 128 marques, 12 marchés et 13 langues rapporte que 85,7 % des citations pointent vers des sites tiers et 14,3 % seulement vers les domaines des marques, avec une forte concentration sur un petit nombre de domaines et Wikipédia en tête dans 11 langues sur 12 (arXiv 2606.25787). Ce travail repose sur les données d’un fournisseur commercial de mesure, le même auteur que notre volet 2 : nous le classons signal à répliquer, pas preuve centrale. probable S’il se confirme, il signifie que votre réputation IA s’écrit très majoritairement chez les autres, presse, encyclopédies, comparateurs, forums, et que le levier principal n’est pas votre site : ce sont vos sources tierces. C’est, par une autre voie, ce que la revue critique du GEO concluait déjà. Enfin, la langue est une variable de mesure à part entière : à architecture égale, l’exactitude d’un modèle peut être sensiblement moindre hors anglais. Une visibilité internationale sans mention du marché et de la langue est une phrase, pas une mesure. possible

La réponse : mesurer la chaîne, pas le compteur

La direction que ce corpus impose à la mesure est claire, et elle est exigeante : compter ne suffit plus, il faut tracer. Tracer la recherche, a-t-elle eu lieu ; la provenance, qui fabrique réellement la réputation ; la fidélité, que fait la citation de la source ; et l’existence, le lien vit-il. C’est le programme de travail qu’ELMARQ ouvre sur le marché français : répliquer, avec AI COMMAND et sur des marques et institutions françaises, les protocoles de ce corpus, en publiant à chaque fois la méthode, les répétitions et les limites, à commencer par la question la plus simple et la moins posée, qui fabrique réellement la réputation IA des entreprises françaises. Sans promesse de résultat, et c’est précisément le point : dans un domaine où 30,6 % des citations trahissent leur source, la seule autorité qui vaille est celle qui montre sa chaîne. possible

Marc Lugand-Sacy, président d’ELMARQ, cité par La Tribune Dimanche comme expert de la guerre informationnelle. Une analyse d’ELMARQ sur la riposte informationnelle française a également été citée comme source par la Fondation Jean-Jaurès. ELMARQ mesure la présence, les citations et la provenance de la réputation des marques dans les moteurs d’IA selon un protocole publié. Volets précédents de la série : ce que 45 études établissent sur le référencement IA, qui possède la recommandation IA et le passeport des marques. Voir aussi le SOM Checker.

§ Questions fréquentes

Ce qu'il faut comprendre

Les citations affichées par les IA sont-elles fiables ?

Pas systématiquement. Le plus grand audit disponible, 761 495 paires citation-source sur dix modèles, en prépublication, mesure que 30,6 % des citations déforment le contenu de leur source et que 27,1 % proviennent de sources inadéquates au domaine ; selon les systèmes, jusqu'à 96 % des utilisateurs rencontrent au moins une citation structurellement trompeuse.

Une IA peut-elle citer une source qui n'existe pas ?

Oui. Un audit de plus de 220 000 URL citées estime que 3 à 13 % sont probablement hallucinées et que 5 à 18 % ne se résolvent pas. Un simple contrôle externe d'existence des liens réduit ces URL mortes de 6 à 79 fois : le problème est réel, et le remède est peu coûteux.

Qu'est-ce que la pollution du corpus par les références fantômes ?

Les références inventées par les IA ne restent pas dans les conversations : une analyse de 111 millions de références estime à près de 147 000 les références inexistantes publiées dans la littérature en 2025, et une centaine de citations fabriquées ont été identifiées dans des papiers acceptés à une grande conférence d'IA malgré la relecture par des experts. Publiées et indexées, ces références peuvent ensuite être réingérées par les modèles.

Une fausse citation peut-elle tromper le modèle lui-même ?

Oui, et c'est le résultat le plus contre-intuitif du corpus : sur un banc d'essai de 220 564 prompts, la présence de citations, qu'elles soient réelles ou fabriquées, augmente de façon constante le taux d'hallucination du modèle par rapport à une réponse sans citation. Une source qui ressemble à une preuve fonctionne comme un signal d'autorité, même fausse.

Qui fabrique la réputation d'une marque dans les IA ?

Majoritairement des tiers, selon une cartographie de 167 551 citations sur 128 marques et 13 langues : 85,7 % des citations pointent vers des sites n'appartenant pas aux marques, avec une forte concentration sur un petit nombre de domaines et Wikipédia en tête dans 11 langues sur 12. Ce signal repose sur les données d'un fournisseur commercial et demande réplication, mais il converge avec le reste de la littérature : le levier principal d'une marque n'est pas son site, ce sont ses sources tierces.

Comment vérifier sérieusement les citations IA d'une marque ?

En posant quatre questions distinctes que les compteurs de mentions mélangent : la présence, moteurs, marchés, langues, répétitions ; la fidélité, la citation soutient-elle la source ; l'adéquation, la source convient-elle au sujet ; et l'existence, les URL se résolvent-elles. Une mesure qui ne sépare pas ces quatre plans additionne des choses qui ne s'additionnent pas.

§ Sources

Références citées

Références primaires de cette analyse. Les sources disposant d'une adresse publique sont liées directement, pour que chaque affirmation puisse être remontée à son émetteur.

  1. 01
    Yongsik Seo et al. (Yonsei), Verified Misguidance: Measuring Structural Citation Failures in Search-Augmented LLMs (CITETRACE), arXiv 2605.28565, 27 mai 2026 (prépublication, vérifiée en source primaire) : 11 200 requêtes, 112 000 réponses, 10 modèles, 761 495 paires ; 30,6 % de citations déformant leur source, 27,1 % de sources inadéquates, jusqu'à 96 % des utilisateurs rencontrant au moins une citation structurellement trompeuse, 88 à 96 % de la variance expliquée par le fournisseur
  2. 02
    The Attribution Crisis in LLM Search Results, arXiv 2508.00838 (également paru dans Data and Policy, Cambridge) : environ 14 000 réponses, 34 % des réponses Gemini et 24 % des réponses GPT-4o sans recherche explicite, 92 % des réponses Gemini sans citation cliquable, Perplexity Sonar consultant environ dix pages pour en citer trois ou quatre
  3. 03
    Delip Rao, Eric Wong, Chris Callison-Burch (Université de Pennsylvanie), Detecting and Correcting Reference Hallucinations in Commercial LLMs and Deep Research Agents, arXiv 2604.03173 : plus de 220 000 URL, 3 à 13 % probablement hallucinées, 5 à 18 % non résolubles, contrôle externe réduisant les liens morts de 6 à 79 fois
  4. 04
    LLM hallucinations in the wild: Large-scale evidence from non-existent citations, arXiv 2605.07723 : 146 932 références inexistantes estimées en 2025 sur 111 millions analysées dans 2,5 millions de publications
  5. 05
    Phantom References: Hallucinated Citations That Survive Peer Review at Top-Tier Conferences, arXiv 2607.00738 : une centaine de citations fabriquées dans 53 papiers acceptés à NeurIPS 2025, malgré trois à cinq relecteurs par papier
  6. 06
    Authority, Truth, and Citation Bias (AuthorityBench), arXiv 2606.13104 : 220 564 prompts, 7 modèles, la présence de citations, réelles ou fabriquées, augmente de façon constante le taux d'hallucination
  7. 07
    Dmitrij Zatuchin, How Large Language Models Source Brand Reputation Across Languages and Markets, arXiv 2606.25787 (données Zenodo, fournisseur commercial, signal à répliquer) : 167 551 citations, 128 marques, 13 langues, 85,7 % vers des tiers, Wikipédia en tête dans 11 langues sur 12
  8. 08
    Rappels de la série : environ 16 % de sources aux indices de génération IA (arXiv 2605.23684, volet 1) ; convergence de la revue critique du GEO (arXiv 2607.14035) sur le rôle des sources tierces
§ À lire ensuite
§ Citer cet article
Référence académique

Lugand-Sacy, Marc (2026). La crise de la citation : ce qui se casse entre une réponse d’IA et ses sources. Journal ELMARQ. https://elmarq.fr/journal/crise-citation-ia-sources-fidelite-hallucinations

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