VivaTech 2026 a fermé ses portes le 20 juin sur un record. Pour sa dixième édition, le plus grand salon technologique d’Europe a franchi le cap des 200 000 visiteurs, venus de 165 nationalités, avec plus de 15 000 startups, 1 155 intervenants et plus de 5 milliards d’impressions cumulées sur les réseaux sociaux. Le thème affiché donnait le ton, Artificial Intelligence: Impact, not Illusion. Mais derrière les records de fréquentation et le défilé de Jeff Bezos, Narendra Modi, Emmanuel Macron, Bernard Arnault et Jensen Huang, une question a traversé toute l’édition sans être tranchée. L’Europe sait convoquer le monde de la tech. Sait-elle encore le construire ? Jamais VivaTech n’a autant parlé de souveraineté. Jamais ses annonces vedettes n’ont autant illustré la dépendance.
Le bilan chiffré, une édition record
Les chiffres communiqués par l’organisateur, le 20 juin, dépassent les prévisions d’avant-salon, qui tablaient sur 180 000 visiteurs. La barre des 200 000 a été franchie, sur trois jours professionnels du 17 au 19 juin et une journée grand public le 20, dans le pavillon 7 de Paris Expo Porte de Versailles, le plus grand du site, doté d’une nouvelle scène baptisée le Theater. Le salon avait débordé jusque sur les Champs-Élysées, piétonnisés le 14 juin pour un parcours d’immersion gratuit.
La trajectoire de la décennie résume l’ascension. Créé en 2016 par Publicis et le groupe Les Échos-Le Parisien, VivaTech accueillait 45 000 personnes à sa première édition. En dix ans, la fréquentation a été multipliée par quatre, le nombre de startups par trois et celui des investisseurs par douze, selon les organisateurs. L’Allemagne était le premier pays européen désigné Country of the Year, et l’Inde l’AI Country Partner de l’édition. Rendez-vous est pris pour VivaTech 2027, du 16 au 19 juin.
| Indicateur | Édition 2026 | Repère |
|---|---|---|
| Visiteurs | Plus de 200 000 | 45 000 en 2016, soit une fréquentation multipliée par quatre |
| Nationalités | 165 | 60 pavillons nationaux |
| Startups | Plus de 15 000 | Nombre triplé en dix ans |
| Intervenants | 1 155 | Scène principale, le Theater |
| Investisseurs | Environ 4 000 | Nombre multiplié par douze en dix ans |
| Audience sociale | Plus de 5 milliards d’impressions | Édition anniversaire |
| Sources, communiqué VivaTech du 20 juin 2026, info.gouv.fr, Banque des Territoires, informatiquenews. | ||
Les temps forts, Bezos, LeCun, Modi et Macron
Jeff Bezos, l’espace et la pénurie de main-d’oeuvre
Le fondateur d’Amazon et de Blue Origin était la tête d’affiche du 17 juin, sur la scène du Theater aux côtés de Dave Limp, directeur général de Blue Origin, dans un échange animé par l’ancien astronaute de la NASA Mike Massimino. Sa présence raconte le changement de statut du rendez-vous parisien, qui en 2016 cherchait encore à prouver que Paris pouvait accueillir un grand événement tech international, et qui en 2026 fait venir l’un des hommes ayant façonné l’économie numérique mondiale. Bezos a notamment défendu une thèse à contre-courant du récit dominant sur la destruction d’emplois, en affirmant que l’IA créerait plutôt une pénurie de main-d’oeuvre.
Yann LeCun, la dissidence sur les modèles de langage
L’une des sessions les plus suivies fut le grand entretien de Yann LeCun, prix Turing 2018. Il défendait une position frontalement opposée au consensus actuel, les grands modèles de langage, enfermés dans le texte, ne sauraient ni raisonner ni planifier, et la voie vers une IA de niveau humain passerait par des modèles du monde capables d’apprendre les lois du monde physique. La portée de la prise de parole tient aussi à son parcours, LeCun a quitté Meta fin 2025, où il dirigeait la recherche en IA, pour prendre la présidence exécutive d’AMI Labs, une jeune pousse parisienne qui a levé un peu plus d’un milliard de dollars en amorçage en mars 2026.
Modi et Macron, la troisième voie
Le 18 juin, Emmanuel Macron et le Premier ministre indien Narendra Modi se sont exprimés sur scène pour défendre une troisième voie de l’intelligence artificielle, entre les modèles américain et chinois. L’Inde, désignée AI Country Partner dans le cadre de l’Année franco-indienne de l’innovation, a mis en avant son numérique à grande échelle et un cadre de gouvernance de l’IA présenté comme inclusif. L’Allemagne, Country of the Year, avait ouvert le salon avec une délégation ministérielle et l’affichage d’un front franco-allemand pour une IA européenne moins dépendante des géants américains.
Le virage de l’IA concrète
Le mot d’ordre, Impact, not Illusion, a structuré les annonces industrielles, qui ont privilégié l’application mesurable à l’effet d’annonce. L’Oréal a scellé une alliance avec OpenAI et Nvidia. Bull et Foxconn ont dévoilé l’assemblage en Europe de serveurs IA Nvidia de la plateforme Vera Rubin, à l’usine Bull d’Angers, avec 120 millions d’euros à la clé. La France a signé l’achat d’un ordinateur quantique de la startup française Alice & Bob, présenté comme le premier calculateur tolérant aux fautes installé dans un centre de calcul européen. OVHcloud, par la voix d’Octave Klaba, a annoncé entraîner depuis zéro une famille de modèles d’IA de frontière destinés à devenir open source, le coût étant estimé entre 150 et 200 millions d’euros, ces montants restant des estimations annoncées et non auditées. Et Jensen Huang, PDG de Nvidia, a tenu depuis la scène sa keynote GTC Paris, présentée comme un point d’étape sur les usines d’IA et le calcul souverain en Europe.
Les annonces de l’État, 655 millions et la souveraineté en étendard
Le gouvernement a fait du salon sa tribune. À la veille de l’ouverture, le 16 juin, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé un investissement supplémentaire de 655 millions d’euros pour l’intelligence artificielle, mobilisé via France 2030 et destiné aux infrastructures, aux capacités de calcul, à la recherche, aux entreprises et aux filières, avec une cible explicite sur les AI Gigafactories et les projets d’intérêt européen. La formule de Lecornu a posé le cadre politique de l’édition, nous pouvons subir cette révolution, ou nous pouvons la conduire, et il a justifié la démarche en affirmant ne pas pouvoir accepter de nouvelles dépendances stratégiques dans le numérique.
Les sept annonces sur l’IA dans l’État ont décliné cette ambition, avec un assistant conversationnel souverain destiné à environ un million d’agents publics, un assistant service public adossé au site Ameli de l’Assurance maladie, et l’extension du portail GenIAI. Le geste le plus symbolique est venu de la sécurité intérieure, la DGSI mettant fin à son partenariat avec l’américain Palantir au profit du français ChapsVision. Sur le financement, la troisième phase de l’initiative Tibi a été officialisée, avec un objectif de 13 milliards d’euros de capitaux privés orientés vers la Deep Tech en phase de croissance, contre 7 milliards pour Tibi 2, afin de constituer des fonds capables de mener des tours de table supérieurs à 100 millions d’euros, le segment qui faisait défaut à l’Europe. Le programme I Choose European Tech, doté d’ambassadeurs ministériels, vise enfin à muscler la commande publique en faveur des technologies européennes.
Le paradoxe que personne n’a tranché, la souveraineté en paroles, la dépendance en actes
C’est ici que VivaTech 2026 mérite d’être lu au-delà du communiqué. Le salon a mis en scène une contradiction devenue difficile à dissimuler. Jamais les entreprises européennes n’ont autant parlé de souveraineté, jamais elles n’ont autant dépendu des clouds, des processeurs, des modèles et des plateformes venus des États-Unis ou d’Asie. Les annonces vedettes le confirment, l’IA européenne se construit sur des puces Nvidia, et la souveraineté se proclame depuis une scène où le PDG de Nvidia est l’une des têtes d’affiche.
Le baromètre 2026 réalisé pour VivaTech par OpinionWay, auprès de plus de 1 500 dirigeants européens et nord-américains, mesure exactement cette tension. 92 % disent favoriser un fournisseur national ou local lorsqu’ils adoptent un nouvel outil technologique, et pour 47 % l’origine locale serait même une condition indispensable au partenariat. Dans le même temps, la cybersécurité est déjà un poste d’investissement pour 82 % des dirigeants, devant l’intelligence artificielle citée par 76 %, et un autre volet du baromètre indique que près de neuf dirigeants sur dix font confiance à l’IA pour guider les décisions de leur entreprise. Les intentions de souveraineté sont massives. Les dépendances réelles le sont tout autant.
Il faut nommer les choses avec justesse, sans céder ni à la célébration ni au procès. Les annonces de l’édition, gigafactories, Tibi 3, assistant souverain, abandon de Palantir, achat quantique français, modèle de frontière d’OVHcloud, sont de vraies tentatives de combler l’écart, et certaines sont structurantes. Mais l’écart est structurel, et il ne se referme pas par un salon, aussi spectaculaire soit-il. La vraie question de la décennie n’est donc pas la puissance de convocation de VivaTech, qui est désormais établie au niveau du CES de Las Vegas ou du Web Summit de Lisbonne. C’est la puissance technologique de l’Europe, c’est-à-dire sa capacité à transformer une formidable machine d’attraction en maîtrise effective des infrastructures, des données et des choix industriels. Le slogan de l’édition, Impact, not Illusion, est juste. Le test, c’est de savoir s’il s’applique aussi à la souveraineté elle-même.
Ce que VivaTech 2026 dit aux entreprises françaises
Pour une PME, une ETI ou une institution, l’enseignement n’est pas de figurer dans les communiqués, mais d’en tirer deux décisions concrètes. La première découle du thème, adopter l’IA pour des résultats mesurables et non pour suivre la mode, ce que la doctrine de l’usage utile commande depuis longtemps. La seconde découle du paradoxe de souveraineté, qui n’est pas qu’une affaire d’État. Pour une organisation, la souveraineté commence par des questions simples, où sont mes données, qui peut couper l’accès à l’outil dont je dépends, et suis-je visible et correctement cité quand un client interroge une IA sur mon secteur. La souveraineté technologique des grands se joue dans les gigafactories. La souveraineté informationnelle des plus petits se joue dans la maîtrise de leurs données, de leurs canaux et de leur présence dans les réponses des moteurs génératifs.
VivaTech montre où va la tech mondiale en quatre jours. Encore faut-il en repartir avec des décisions, pas des photos. ELMARQ aide les organisations à transformer la veille technologique en stratégie d’usage et en souveraineté informationnelle concrète, en stratégie comme en exécution. Réserver un diagnostic.


