La 39e édition : un salon qui a grandi avec les inquiétudes de la profession
Les 14 et 15 mars 2026, Paris Expo Porte de Versailles accueillait la 39e édition de PharmagoraPlus, le salon de référence de la pharmacie d’officine en France. 12 000 professionnels y ont participé, pharmaciens titulaires, adjoints, préparateurs, étudiants, industriels et prestataires, dans un Hall 7.2 qui s’étend désormais 20 % plus grand qu’en 2025. Un agrandissement qui n’est pas anodin : il traduit l’augmentation du nombre d’exposants, de partenaires institutionnels, et sans doute un signal plus profond. La profession a des choses à dire. Et de plus en plus de monde à qui les dire.
350 exposants et sponsors étaient présents, parmi lesquels Sanofi, Sandoz, Novo Nordisk, Zydus, Giphar, La Médicale ou encore Fiducial. Plus de 75 heures de conférences ont été proposées, organisées autour de programmes spécialisés thématiques : santé mentale et bien-être, transformation digitale, gestion d’officine, biosimilaires, nouvelles missions, installation et reprise. Les Trophées de la Pharmacie et les Victoires de la Pharmacie ont ponctué ces deux journées de reconnaissance professionnelle.
Adrien Colilieu, directeur de PharmagoraPlus, a donné le ton dans sa présentation : « Jamais votre rôle n’a été aussi essentiel et jamais les attentes sociétales n’ont été aussi fortes. Dans le même temps, les tensions économiques, humaines et organisationnelles n’ont jamais été aussi palpables. » Et d’assumer clairement la vocation du salon : « PharmagoraPlus 2026 assume pleinement son rôle : être l’Agora de la profession, le lieu où l’on se parle vrai, où l’on débat et où l’on construit l’avenir. »
L’Agora. Le mot est bien choisi. Et il pose immédiatement la question qui nous intéresse : une Agora qui n’existe que deux jours par an, est-ce vraiment une Agora ?
Ce que le salon a dit sur l’état réel de la profession
Le programme des conférences est toujours un révélateur fidèle de l’état d’une profession. Ce que les pharmaciens choisissent de mettre au programme d’un salon professionnel dit ce qui les préoccupe vraiment, ce qu’ils ne peuvent pas résoudre seuls, et ce qui ne peut plus attendre.
En 2026, quatre thèmes ont dominé le paysage.
Le burn-out et la santé mentale des équipes officinales. Une conférence entière était consacrée à la présentation de l’étude sur le burn-out en pharmacie d’officine, portée par David Alapini, Président du Conseil Régional de l’Ordre des Pharmaciens des Hauts de France. L’ADOP (Aide et Dispositif d’Orientation des Pharmaciens) était également présente pour témoigner des situations de détresse professionnelle documentées. Le programme spécialisé santé mentale a regroupé des ateliers sur la prévention de l’épuisement professionnel, la communication bienveillante, le management en période de crise. La pénurie de professionnels, la surcharge de travail et la transformation accélérée du métier forment un triple facteur de pression que la profession reconnaît maintenant publiquement.
Les biosimilaires et le modèle économique sous tension. Les discussions sur les biosimilaires ont occupé une place majeure, avec notamment les enjeux de substitution à l’officine et l’équilibre des marges. L’amendement fixant les remises sur les génériques à 40 % et sur les biosimilaires à 20 % dans la loi (et non plus au niveau réglementaire) a été au coeur des débats économiques. La Pharmathèque, très présente dans les échanges, a posé un constat direct : « Pharmagora 2026 marque la fin de l’illusion et le début du tri. » Moins de croissance automatique. Plus d’arbitrages stratégiques. Les officines qui prospèrent en 2026 sont celles qui ont anticipé, pas celles que le marché porte.
La digitalisation et l’IA à l’officine. La transformation numérique était partout, des stands aux conférences. EPOIA, présenté en Prix de l’Innovation, propose une nouvelle génération d’outils intelligents pour les pharmacies d’officine. ParaSphere, le copilote IA du conseil associé, a suscité un intérêt marqué. D’autres sessions couvraient l’usage de l’IA pour la gestion de stock, l’analyse d’ordonnances, la robotisation, la PDA, l’e-ordonnance et la carte Vitale dématérialisée. La conclusion de Lionel Reichardt, expert en e-santé et président du prix de l’innovation, résume bien l’ambiance : « Le véritable défi n’est plus d’innover, mais d’inscrire durablement ces innovations dans le quotidien officinal au service du patient, du pharmacien et du système de santé. »
Les nouvelles missions et le repositionnement de l’officine. Vaccination, TROD (tests rapides d’orientation diagnostique), entretiens pharmaceutiques, dépistage, accompagnement psychologique des patients : les nouvelles missions du pharmacien se multiplient et transforment profondément le quotidien officinal. Les conférences ont exploré les enjeux organisationnels et humains de ce repositionnement : comment déployer ces services sans alourdir la charge de travail ? Comment les valoriser auprès des patients ? Comment les communiquer ?
L’élan du salon : réel, éphémère, et souvent gaspillé
Les retours des participants à Pharmagora sont constants depuis des années. Les pharmaciens ressortent « boostés », « motivés », « pleins d’idées ». Les visiteurs témoignent : « Je suis ressortie boostée pour faire évoluer ma pharmacie ! » « Un moment incontournable dans l’exercice annuel de la pratique officinale. » « La dernière édition fut une expérience enrichissante et inspirante. »
Cet élan est réel. Le salon fonctionne exactement comme une Agora doit fonctionner : il rassemble, il confronte les points de vue, il donne de l’énergie collective. Mais cet élan a une durée de vie mesurable.
Dans la grande majorité des cas, le pharmacien rentre chez lui le dimanche soir. Il reprend le comptoir le lundi matin. Et la semaine reprend son rythme : ordonnances, stocks, équipe, patients. Les trois cartes de visite collectées samedi sont dans la poche du blouson. La conférence sur le burn-out a été émouvante et utile. L’outil IA présenté au stand EPOIA était fascinant. Mais rien n’a changé dans la façon dont cette pharmacie communique avec son territoire, présente ses nouvelles missions aux patients, ou existe au-delà de sa vitrine.
Ce n’est pas une critique des pharmaciens. C’est le destin structurel de tous les salons professionnels. L’impulsion est donnée une fois par an. Elle n’est pas relayée. Et l’énergie se dissipe.
La question que nous posons chez ELMARQ n’est donc pas : « Pharmagora était-il utile ? » Il l’était, manifestement. La question est : qui maintient la conversation entre deux éditions ?
Cinq signaux que le salon a envoyés, et que personne ne relaie
Le programme de PharmagoraPlus 2026 a envoyé des signaux clairs à la profession. Ces signaux méritent d’être nommés précisément, parce que chacun d’entre eux est aussi un signal de communication que chaque officine pourrait relayer localement, et que presque aucune ne relaie.
Signal 1 : le pharmacien est un acteur de santé mentale, pas seulement de santé physique. Les conférences sur le burn-out officinal et l’accompagnement psychologique des patients positionnent le pharmacien comme un professionnel de la santé globale. C’est une transformation profonde du rôle. Combien d’officines le communiquent à leurs patients ? Combien de pharmacies ont une page ou un post qui dit : « Notre équipe a été formée à détecter les signaux de détresse psychologique » ?
Signal 2 : les biosimilaires sont une opportunité économique et un service au patient, pas seulement une contrainte. Les conférences ont montré que la substitution des biosimilaires peut être un levier de croissance officinale si elle est bien expliquée aux patients. Mais cette explication suppose une communication proactive : des contenus qui informent, qui rassurent, qui valorisent le rôle du pharmacien comme professionnel de confiance dans la transition thérapeutique.
Signal 3 : l’IA ne remplace pas la relation, elle la libère. Les outils présentés au salon (EPOIA, ParaSphere, gestion de stock IA) ont tous le même objectif : réduire le temps administratif pour augmenter le temps de conseil. La communication d’une officine qui a digitalisé son back-office pourrait mettre en avant exactement cela : « Nous avons automatisé l’administratif pour avoir plus de temps pour vous. » C’est un argument puissant. Pratiquement aucune officine ne le dit.
Signal 4 : les nouvelles missions existent mais les patients ne le savent pas. Vaccination, TROD angine et cystite, entretiens pharmaceutiques, dépistage : des dizaines de conférences ont été consacrées au déploiement de ces missions. La formation est faite. Les protocoles existent. Mais dans combien de pharmacies un patient peut-il découvrir ces services sur le site internet de son officine, sur sa page Facebook, dans la vitrine ? La mission existe. La communication de la mission est quasiment absente.
Signal 5 : « la fin de l’illusion » appelle une posture stratégique, pas un repli. La formule de la Pharmathèque est frappante : « Pharmagora 2026 marque la fin de l’illusion et le début du tri. » Les officines qui surmonteront la pression économique et la concurrence des plateformes ne seront pas celles qui attendront que le marché les porte. Ce seront celles qui auront construit une identité locale forte, une relation de confiance documentée avec leur patientèle, une présence visible et cohérente dans leur territoire. C’est exactement le terrain sur lequel la communication joue un rôle décisif.
La pharmacie face à Amazon : le défi que le salon a nommé sans résoudre
Une conférence du programme 2026 portait un titre significatif : « Reprendre le contrôle : comment les pharmaciens peuvent gagner la bataille du numérique ». La description était sans détours : « Face à la montée des plateformes opportunistes et à la pression d’acteurs comme Amazon, l’officine doit reprendre le contrôle. »
Ce sujet n’est pas nouveau. Mais il prend en 2026 une dimension concrète et urgente. Amazon santé est présent sur le marché européen. Des plateformes de livraison de médicaments OTC se développent. Les patients comparent les prix en ligne avant de passer à la pharmacie. La vitrine digitale d’une officine pèse dans la décision d’achat et de consultation.
La réponse à Amazon n’est pas dans le prix. L’officine ne peut pas gagner une guerre des prix face à une plateforme dont le modèle économique repose sur les économies d’échelle mondiales. La réponse est dans ce qu’Amazon ne peut pas faire : connaître le patient par son prénom, se souvenir de son traitement, adapter le conseil à sa situation personnelle, être présent le dimanche matin quand rien d’autre n’est ouvert dans le bourg.
Mais pour que cette différence soit perçue par les patients, elle doit être communiquée. Une officine qui fait tout cela sans jamais le dire n’a pas d’avantage concurrentiel visible. Elle a une pratique invisible.
Qui maintient la conversation ? Le vrai défi de l’après-Pharmagora
Le salon fonctionne bien comme moment de mobilisation collective. Il a réuni, pendant deux jours, les institutions (CNAM, Ordre national des pharmaciens, syndicats FSPF et USPO, ANEPF), les industriels et les pharmaciens de terrain dans un même espace. Des décisions ont été prises, des partenariats amorcés, des prises de conscience opérées.
Mais le vrai travail, celui qui change concrètement la relation entre un pharmacien et ses 800 patients habituels, ne se fait pas à Paris Expo Porte de Versailles. Il se fait dans l’officine de Flers, de Coutances, de Vitré ou de Meaux. Il se fait quand un patient voit un post Facebook de sa pharmacie qui lui explique pourquoi son biosimilaire est aussi sûr que le médicament de référence. Il se fait quand il clique sur le site de sa pharmacie et découvre qu’elle propose désormais des entretiens sur l’asthme. Il se fait quand la pharmacienne publie une vidéo de 40 secondes pour signaler l’ouverture d’un samedi après-midi de vaccination.
Ce travail quotidien, régulier, local, est celui de la communication officinale. Et c’est précisément le travail que la quasi-totalité des pharmaciens qui sont rentrés de Pharmagora ne font pas systématiquement, pas parce qu’ils ne comprennent pas son importance (le salon vient de le leur rappeler pendant 75 heures), mais parce qu’ils n’ont pas le temps, les outils, ni l’accompagnement pour le faire.
C’est le paradoxe de Pharmagora : le salon convainc et ne transforme pas, non par manque de qualité, mais parce qu’il ne peut pas agir à la place de chaque officine dans chaque territoire.
La Pharmacie Visible : transformer l’élan du salon en stratégie durable
Chez ELMARQ, nous travaillons avec des pharmaciens titulaires qui ont vécu exactement ce cycle : le salon, l’enthousiasme, le retour au comptoir, le statu quo. Notre approche, que nous appelons La Pharmacie Visible, part d’un constat simple : une pharmacie qui ne se raconte pas n’existe pas pour les patients qu’elle n’a pas encore.
La Pharmacie Visible n’est pas un outil de communication de plus. C’est une architecture de présence qui transforme ce que la pharmacie fait déjà (ses missions, ses compétences, ses services, son ancrage local) en messages visibles, réguliers et cohérents sur tous les points de contact du patient : vitrine, site internet, Facebook, Instagram, Google My Business, newsletter patientèle.
Ce que Pharmagora 2026 a dit en 75 heures de conférences, la Pharmacie Visible le traduit en 12 mois de communication opérationnelle. Les 5 signaux identifiés plus haut deviennent 5 piliers éditoriaux : santé mentale et bien-être, biosimilaires et économies thérapeutiques, outils digitaux au service du conseil, nouvelles missions officinales, ancrage et expertise locale.
Chaque pilier génère des contenus adaptés au territoire, au profil de la patientèle, au positionnement de l’officine. Un contenu qui explique la substitution biosimilaire dans une officine de ville universitaire ne s’adresse pas aux mêmes patients qu’un contenu sur les TROD dans une officine rurale face à la désertification médicale. La Pharmacie Visible se construit pour cette pharmacie, dans ce territoire.
Et elle maintient la conversation 52 semaines sur 52. Pas seulement le week-end de mars où le secteur s’est réveillé ensemble.
Vous êtes rentré de PharmagoraPlus avec des idées et une envie de faire bouger les choses dans votre officine ? ELMARQ propose un audit Pharmacie Visible de 45 minutes : diagnostic de votre présence digitale actuelle, identification des 3 signaux clés à diffuser en priorité dans votre territoire, plan d’action sur 90 jours. Gratuit, sans engagement. Contactez-nous sur elmarq.fr.
PharmagoraPlus 2026 : sources et références
Sources
- PharmagoraPlus · Programme des conférences 2026 · burn-out (David Alapini / ADOP), IA, biosimilaires, nouvelles missions
- PharmagoraPlus · Programmes spécialisés 2026 · santé mentale, digitalisation, gestion officine, biosimilaires, installation/reprise
- PharmaCos-Média · « L’officine face à ses transformations majeures au PharmagoraPlus 2026 » · citations Adrien Colilieu et Lionel Reichardt · 9 mars 2026
- Lonasante.com · « Salon Pharmagora Plus : fiche pratique » · 12 000 professionnels, 350 exposants, 75h+ conférences, Hall 7.2
- Pharmathèque · « Pharmagora Plus 2026 » · « fin de l’illusion et le début du tri » · David Van Acker · mars 2026
- Le Moniteur des Pharmacies · « PharmagoraPlus 2026 : les 3 débats à ne pas manquer » · IA au comptoir, biosimilaires, transfert de tâches
- Le Quotidien du Pharmacien · Guide PharmagoraPlus 2026
- Le Moniteur des Pharmacies · « Ateliers pratiques pour renforcer l’accueil des patients » · vaccination, premiers secours, langue des signes
- ELMARQ · concept Pharmacie Visible · stratégie de communication officinale locale · elmarq.fr


