Le LUNDI 19 OCTOBRE 2026 au matin, sur RTL, Gabriel Attal propose de bloquer temporairement certains réseaux sociaux en cas d'émeutes. Il justifie la mesure ainsi : « Vous avez des points de convergence et de rassemblement qui sont organisés au travers des réseaux sociaux » et « Vous avez aussi un mimétisme qui est organisé », des contenus « qui donnent le sentiment que c'est en impunité ». Il précise la forme : « Il faut que ce soit un blocage temporaire, ciblé, sur les territoires où se déroulent des émeutes. » PRÉCISION D'ATTRIBUTION, QUI N'EST PAS UN DÉTAIL : l'expression « couper les réseaux sociaux » est la formulation du compte rendu, pas une citation de Gabriel Attal, et elle n'est pas portée à son compte ici. ANTÉRIORITÉ ÉTABLIE PAR PIÈCE PUBLIQUE. Le 14 mai 2024, alors Premier ministre, Gabriel Attal a fait suspendre TikTok en Nouvelle-Calédonie pendant les émeutes. Par une décision d'Assemblée n° 494511 du 1er avril 2025, le Conseil d'État a annulé cette décision pour excès de pouvoir, y voyant une atteinte disproportionnée à la liberté d'expression. Le Conseil d'État a dans le même temps admis qu'une interruption temporaire est possible en circonstances exceptionnelles, à trois conditions cumulatives : qu'elle soit indispensable face à des événements d'une particulière gravité, qu'aucun moyen technique ne permette de prendre immédiatement des mesures alternatives moins attentatoires aux droits, et qu'elle ne dure que le temps nécessaire à la mise en place de ces alternatives. L'annulation a porté sur cette troisième condition, le Premier ministre n'ayant pas recherché d'alternatives et la durée n'étant pas limitée. La plupart des réseaux concernés relèvent par ailleurs du règlement européen sur les services numériques au titre des très grandes plateformes, ce dont le compte rendu conclut qu'une telle mesure ne peut pas être prise à la seule échelle nationale.
« Il faut que ce soit un blocage temporaire, ciblé, sur les territoires où se déroulent des émeutes »
La proposition est construite sur une causalité qu'elle énonce sans l'établir : les réseaux organiseraient les points de convergence et produiraient un mimétisme. Les deux propositions sont plausibles et aucune n'est démontrée dans l'entretien ; elles servent de fondement à une mesure qui ne se discute qu'à partir d'elles. Le plus remarquable est ailleurs, dans la forme retenue. Blocage temporaire, ciblé reprend mot pour mot deux des trois conditions posées par le Conseil d'État en annulant la mesure que ce même émetteur avait prise comme Premier ministre. La troisième condition, celle qui a fondé l'annulation, l'obligation de rechercher des alternatives moins attentatoires et de borner la durée à cette recherche, n'apparaît pas dans la proposition. Le dispositif intègre donc la jurisprudence pour la part qui le sert et laisse de côté la part qui l'a défait. Ce n'est pas une inadvertance de vocabulaire, c'est une sélection. Une troisième difficulté reste hors du champ de la proposition : si les plateformes visées relèvent du régime européen des très grandes plateformes, l'échelon national n'est pas celui de la décision, et aucune formulation de l'entretien n'aborde ce point.
Reprendre le vocabulaire d'une décision de justice qui vous a censuré donne à votre proposition l'apparence de la conformité. Vérifiez alors que vous reprenez la condition qui a motivé l'annulation, et pas seulement celles qui vous arrangent : c'est la première que votre contradicteur ira chercher, et elle est publique.