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DeepSeek : L’IA Chinoise qui colonise le Sud Global sans tirer un coup de feu
Le Journal ELMARQ ↗Analyse · N°3516
Guerre informationnelle

DeepSeek : L’IA Chinoise qui colonise le Sud Global sans tirer un coup de feu

56 % de parts de marché en Biélorussie, 49 % à Cuba, 89 % en Chine. DeepSeek n’est pas qu’une IA performante, c’est une arme de soft power. Décryptage du colonialisme algorithmique de Pékin.

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Carte mondiale des parts de marché DeepSeek IA chinoise - soft power algorithmique et influence géopolitique 2026
© ELMARQ · Illustration éditoriale
En brefLa synthèse de cette analyse

Selon le rapport Microsoft de janvier 2026, DeepSeek, l'IA générative chinoise basée à Hangzhou, capte 89 % du marché en Chine, 56 % en Biélorussie et 43 % en Russie, s'imposant précisément là où les plateformes occidentales sont absentes ou restreintes. ELMARQ, agence de communication et cabinet de stratégie, lit ce phénomène comme un cas de soft power algorithmique, sa grille doctrinale désignant la capacité d'un État à influencer des populations étrangères via des intelligences artificielles massivement adoptées. Le problème n'est pas la seule protection des données, sur laquelle se focalisent les enquêtes RGPD, mais le contrôle du narratif mondial : gratuité totale, modèle open source et déploiement avec des partenaires comme Huawei installent une dépendance technique durable. La réponse d'ELMARQ consiste à cartographier cette exposition, à distinguer les faits sourcés des scénarios prospectifs, et à poser la gouvernance informationnelle comme enjeu stratégique. Réduire DeepSeek à une simple alternative à ChatGPT serait, pour le cabinet, une erreur d'analyse géopolitique majeure.

À retenir

4 points clés
  1. Ces chiffres racontent une histoire : DeepSeek s’impose là où l’Occident est absent ou interdit.

  2. DeepSeek a rendu son moteur central modifiable par les développeurs du monde entier.

  3. DeepSeek est un instrument géopolitique.

  4. Quand des millions de personnes posent leurs questions à une IA, cette IA façonne leur compréhension du monde.

Janvier 2026. Pendant que l’Occident débat de la régulation de l’IA, la Chine joue une autre partie. DeepSeek, sa start-up d’intelligence artificielle, vient de franchir un cap stratégique : elle domine désormais le marché de l’IA dans plusieurs pays, sans campagne publicitaire visible en Occident, sans bruit. Une conquête silencieuse qui redéfinit les règles du soft power au XXIe siècle.

Les Chiffres qui changent tout

Un rapport Microsoft publié en janvier 2026 révèle l’ampleur du phénomène DeepSeek :

Pays Part de marché DeepSeek Contexte
Chine 89 % Marché domestique captif
Biélorussie 56 % Allié russe, sanctions occidentales
Cuba 49 % Embargo américain
Russie 43 % Restrictions services US
Iran Non chiffré Sanctions, accès limité aux techs US
Éthiopie 11 à 15 % Investissements chinois massifs
Zimbabwe 11 à 15 % Belt & Road Initiative

Ces chiffres racontent une histoire : DeepSeek s’impose là où l’Occident est absent ou interdit.

Le modèle DeepSeek : pourquoi ça marche

Contrairement à ChatGPT (OpenAI) ou Gemini (Google), DeepSeek a construit son expansion sur trois piliers stratégiques :

1. La gratuité totale

DeepSeek est gratuit. Pas de freemium, pas d’abonnement premium. Dans des marchés « sensibles aux prix » (Afrique, Asie du Sud-Est, Amérique latine), c’est un avantage décisif.

Pendant qu’OpenAI facture 20$/mois pour ChatGPT Plus, DeepSeek offre des performances comparables à coût zéro. Pour un étudiant à Addis-Abeba ou un entrepreneur à Caracas, le choix est fait.

2. L’Open Source stratégique

DeepSeek a rendu son moteur central modifiable par les développeurs du monde entier. N’importe qui peut télécharger le modèle, l’adapter, le déployer localement.

C’est une rupture avec l’approche propriétaire des géants américains. Et l’effet est stratégique : chaque adaptation locale renforce l’écosystème DeepSeek et crée une dépendance technique.

3. L’installation par défaut

Selon Microsoft, DeepSeek est promu et déployé en Afrique avec des partenaires comme Huawei, par des accords et une intégration aux services des opérateurs télécoms. Moins besoin de télécharger, moins besoin de chercher : l’IA arrive par le réseau.

C’est la même stratégie qui a fait le succès de Google Search sur Android. Mais cette fois, c’est Pékin qui l’applique.

La thèse ELMARQ : DeepSeek comme arme de Soft Power

Réduire DeepSeek à une « alternative chinoise à ChatGPT » serait une erreur stratégique majeure.

DeepSeek est un instrument géopolitique. Et voici pourquoi :

Le contrôle du flux informationnel

Quand des millions de personnes posent leurs questions à une IA, cette IA façonne leur compréhension du monde.

Or, DeepSeek est soumis à la réglementation chinoise. L’article 7 de la loi sur le renseignement national (2017) oblige toute entreprise chinoise à « soutenir, assister et coopérer avec les services de renseignement de l’État ».

Concrètement : DeepSeek censure automatiquement les sujets sensibles pour Pékin :

  • Massacre de Tiananmen (1989) → Réponse évasive ou refus
  • Indépendance de Taïwan → Position officielle chinoise
  • Ouïghours au Xinjiang → Minimisation ou déni
  • Droits de l’homme en Chine → Cadrage positif

Quand la moitié des utilisateurs d’IA d’un pays passe par DeepSeek pour s’informer, c’est Pékin qui définit les contours du débat public.

La dépendance technologique

Le rapport Microsoft l’affirme explicitement : DeepSeek peut servir d’« instrument géopolitique pour étendre l’influence chinoise dans des zones où les plateformes occidentales ne peuvent pas facilement opérer ».

Plus un pays adopte DeepSeek :

  • Plus ses développeurs construisent sur l’écosystème chinois
  • Plus ses données transitent par des serveurs en Chine
  • Plus il devient coûteux de migrer vers une alternative

C’est le même mécanisme que la « dette infrastructure » créée par les routes et ports de la Belt & Road Initiative. Mais en version numérique.

La réponse (tardive) de l’Europe

Face à cette offensive, l’Europe réagit, mais avec les armes de 2018.

Les enquêtes RGPD

Plusieurs pays européens ont lancé des investigations sur DeepSeek :

  • Italie : Injonction de blocage en janvier 2025, puis abandon après « engagements contraignants » de DeepSeek
  • Irlande : L’Autorité de Protection des Données (DPC) a demandé des détails sur le traitement des données des citoyens irlandais
  • France : La CNIL a annoncé qu’elle allait « interroger » DeepSeek sur sa conformité au RGPD
  • Belgique : Les responsables gouvernementaux ont cessé d’utiliser DeepSeek en décembre 2025

Ces actions sont légitimes. Mais elles passent à côté de l’essentiel : le problème n’est pas la protection des données européennes. C’est l’influence chinoise sur le reste du monde.

Les interdictions gouvernementales

Plusieurs pays ont interdit DeepSeek sur les appareils officiels :

  • Australie : Blocage sur tous les appareils gouvernementaux (février 2025)
  • République tchèque : Interdiction dans les administrations publiques
  • Danemark : Restrictions pour les agents de l’État
  • Taïwan : Enquête en cours, restrictions anticipées

Mais ces mesures défensives ne répondent pas à la question stratégique : que propose l’Occident comme alternative pour le Sud Global ?

Le paradoxe américain

L’ironie de la situation : les restrictions américaines sur les semi-conducteurs ont accéléré l’innovation chinoise.

Privée des puces les plus avancées, DeepSeek a été contrainte d’optimiser. Son modèle R1, lancé en janvier 2025, offre des performances comparables à o1, le modèle de raisonnement d’OpenAI, avec une fraction des ressources de calcul.

Zhu Min, ancien vice-gouverneur de la Banque populaire de Chine, a annoncé au Forum de Tianjin que plus de 100 projets similaires à DeepSeek seraient lancés d’ici fin 2026.

La stratégie américaine du « containment technologique » a produit l’effet inverse : elle a forcé la Chine à devenir plus efficiente et plus autonome.

Ce que cela signifie pour l’Europe

L’Europe se trouve face à un choix stratégique qu’elle refuse de formuler clairement :

Option 1 : L’alignement Américain

Suivre Washington dans une stratégie de containment. Interdire DeepSeek, restreindre les échanges technologiques avec la Chine, renforcer la dépendance aux plateformes US.

Risque : Devenir le champ de bataille d’une guerre technologique sino-américaine, sans voix propre.

Option 2 : La souveraineté numérique

Investir massivement dans des alternatives européennes. Mistral AI (France), Aleph Alpha (Allemagne) existent, mais avec des moyens 100 fois inférieurs à leurs concurrents.

Risque : Arriver trop tard, avec des solutions trop faibles pour peser.

Option 3 : Le « non-alignement » technologique

Jouer les deux tableaux. Utiliser DeepSeek là où c’est utile, ChatGPT ailleurs, tout en développant des capacités propres.

Risque : Manque de cohérence stratégique, vulnérabilité aux deux blocs.

Pour l’instant, l’Europe a choisi… de ne pas choisir. Ce qui est, en soi, un choix, et probablement le pire.

Les questions que personne ne pose

Le débat public sur DeepSeek se concentre sur la protection des données et la cybersécurité. Ces préoccupations sont légitimes, mais elles occultent les vraies questions :

  1. Qui contrôle le narratif mondial dans 10 ans ? Si 2 milliards de personnes utilisent des IA chinoises pour s’informer, Pékin dispose d’un levier d’influence sans précédent.
  2. Que devient la « vérité » quand l’IA la filtre ? Les IA génératives ne sont pas neutres. Elles encodent les valeurs de ceux qui les créent. Une IA soumise à la censure chinoise produit une vision du monde alignée sur les intérêts de Pékin.
  3. L’Occident peut-il encore « gagner » cette course ? Avec 100 projets IA chinois en incubation, la question n’est plus de rattraper DeepSeek, c’est de définir ce que signifie « gagner » dans un monde multipolaire.

Conclusion : La colonisation silencieuse

DeepSeek n’est pas une menace parce qu’il est chinois. Il est une menace parce qu’il illustre une nouvelle forme de pouvoir : le soft power algorithmique.

Contrairement aux empires du passé, cette colonisation ne nécessite ni armées, ni traités, ni même de présence physique. Elle s’infiltre par les écrans, par les requêtes quotidiennes, par les millions de micro-interactions entre humains et machines.

Et elle avance pendant que l’Occident débat de formulaires RGPD.

Le soft power algorithmique : Capacité d’un État à influencer les perceptions, les opinions et les comportements de populations étrangères via le contrôle d’intelligences artificielles massivement adoptées. DeepSeek représente la première application à grande échelle de cette nouvelle forme de pouvoir, ciblant spécifiquement les pays où les plateformes occidentales sont absentes ou restreintes.
, Analyse ELMARQ, Janvier 2026

La question n’est plus de savoir si DeepSeek va remodeler l’ordre informationnel mondial.

La question est : que faisons-nous pendant que cela se produit ?

 

 

Questions fréquentes sur DeepSeek

Qu’est-ce que DeepSeek ?

DeepSeek est une intelligence artificielle générative chinoise développée par une start-up basée à Hangzhou, fondée en 2023. Comparable à ChatGPT, elle propose un chatbot conversationnel gratuit et a rendu son modèle open source. En janvier 2026, DeepSeek domine le marché de l’IA dans plusieurs pays (89 % en Chine, 56 % en Biélorussie, 49 % à Cuba) et est considérée comme un instrument de soft power chinois.

Pourquoi DeepSeek est-il gratuit ?

DeepSeek est gratuit car sa stratégie vise l’adoption massive plutôt que la rentabilité immédiate. En offrant des performances comparables à ChatGPT sans frais, DeepSeek cible les marchés « sensibles aux prix » (Afrique, Asie, Amérique latine) où il peut s’imposer face aux alternatives américaines payantes. Cette gratuité crée une dépendance technologique et permet à la Chine d’étendre son influence via le « soft power algorithmique ».

DeepSeek censure-t-il certains sujets ?

Oui. En tant qu’entreprise chinoise, DeepSeek est soumise à la loi sur le renseignement national (2017) et doit respecter « les valeurs fondamentales du socialisme ». Le chatbot censure automatiquement ou répond de manière évasive sur le massacre de Tiananmen, l’indépendance de Taïwan, la situation des Ouïghours au Xinjiang et les critiques du régime chinois. Cette censure intégrée signifie que les utilisateurs reçoivent une vision du monde filtrée selon les intérêts de Pékin.

DeepSeek est-il interdit en Europe ?

DeepSeek n’est pas interdit pour le grand public en Europe, mais fait l’objet d’enquêtes et de restrictions. L’Italie a émis une injonction de blocage en 2025 avant de l’abandonner. La France, l’Irlande et d’autres pays enquêtent sur sa conformité au RGPD. Plusieurs pays européens (Belgique, Danemark) ont interdit son utilisation sur les appareils gouvernementaux. L’Australie et la République tchèque ont pris des mesures similaires pour les administrations publiques.

Quels pays utilisent le plus DeepSeek ?

Selon le rapport de Microsoft sur la diffusion de l’IA publié en janvier 2026, DeepSeek domine dans les pays où les services américains sont restreints ou absents : Chine (89 %), Biélorussie (56 %), Cuba (49 %), Russie (43 %). L’IA chinoise gagne également du terrain en Iran, Syrie, Éthiopie et Zimbabwe. Ces marchés correspondent souvent à des pays sous sanctions occidentales ou bénéficiant d’investissements chinois massifs (Belt & Road Initiative).

Qu’est-ce que le « soft power algorithmique » ?

Le soft power algorithmique désigne la capacité d’un État à influencer les perceptions et opinions de populations étrangères via le contrôle d’intelligences artificielles massivement adoptées. Contrairement au soft power traditionnel (culture, diplomatie), il opère via des milliards de micro-interactions quotidiennes. DeepSeek en est l’exemple emblématique : en contrôlant l’IA que des millions de personnes utilisent pour s’informer, la Chine peut façonner leur compréhension du monde.

Correction du 25 septembre 2026. Les parts de marché de DeepSeek en Éthiopie et au Zimbabwe ont été ramenées à la tranche de 11 à 15 % donnée par Microsoft, celle de l’Iran, non chiffrée par le rapport, a été retirée ; la « préinstallation sur les smartphones Huawei » a été remplacée par ce que décrit le rapport (partenariats et intégration aux services télécoms), l’interdiction australienne est datée de février 2025, et les parts de marché ne sont plus présentées comme des parts de la population.

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L’analyse de

Marc Lugand-Sacy

Fondateur, Président et associé d’ELMARQ.

Son parcours et sa méthode ↗
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Référence académique

Lugand-Sacy, Marc (2026). DeepSeek : L’IA Chinoise qui colonise le Sud Global sans tirer un coup de feu. Journal ELMARQ. https://elmarq.fr/journal/deepseek-ia-chinoise-influence-mondiale-soft-power-geopolitique

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