Mardi 17 mars 2026, 18 heures. C’est l’heure limite pour remettre en préfecture les listes du second tour des municipales, prévu dimanche 22 mars. Jusque-là, une liste peut fusionner, se maintenir seule ou se retirer. Au moment où nous écrivons, aucune campagne n’a donc encore gagné ni perdu là où le premier tour n’a rien tranché. On peut en revanche lire ce que le premier tour a établi, et ce que la semaine met à l’épreuve.
Les chiffres du 15 mars
Selon les résultats définitifs du ministère de l’Intérieur, la participation au premier tour s’établit à 57,10 % des inscrits, contre 44,66 % en 2020 et 63,55 % en 2014. La hausse par rapport à 2020 est donc de 12,44 points, mais la comparaison est biaisée : le scrutin de 2020 s’était tenu 2 jours avant le premier confinement. Par rapport à 2014, dernier scrutin comparable, l’abstention progresse et dépasse, hors 2020, le précédent record de 36,4 %, selon l’enquête Ipsos bva-CESI réalisée du 12 au 14 mars pour France Télévisions, Radio France et Public Sénat.
Par ailleurs, la compétition elle-même a été rare. Environ 23 700 communes, soit 68 % des 34 875 communes concernées, ne présentaient qu’une seule liste, et 68 communes n’en présentaient aucune. Une campagne de communication n’a donc pu réellement se jouer que dans un tiers environ des communes.
Les petites communes et la fin du panachage
Cette rareté n’est pas sans lien avec la réforme. La loi n° 2025-444 du 21 mai 2025 a étendu aux communes de moins de 1 000 habitants le scrutin de liste paritaire à 2 tours. Le panachage disparaît : l’électeur ne peut plus rayer ni ajouter un nom.
Or, c’est précisément dans ces communes que la participation recule le plus. Selon les chiffres du ministère repris par Public Sénat, l’abstention y atteint 35,8 %, contre 24,7 % en 2014. L’enquête Ipsos bva-CESI apporte un élément d’explication : parmi les abstentionnistes, 31 % invoquent des résultats « connus d’avance », et jusqu’à 50 % dans les communes de moins de 1 000 habitants. Nous pouvons émettre l’hypothèse que la liste unique, sans panachage, a retiré à l’électeur rural sa seule marge de choix réelle, celle des personnes. Elle reste à vérifier commune par commune, et d’autres facteurs jouent aussi.
Mardi 18 heures : la fusion comme acte de communication
Dans les villes où un second tour aura lieu, la semaine se joue d’abord dans les règles. Une liste peut se maintenir si elle a obtenu au moins 10 % des suffrages exprimés, et fusionner avec une autre si elle a obtenu au moins 5 %. En 48 heures, des équipes qui se sont opposées pendant des mois doivent donc produire une liste commune, et le plus souvent un discours commun.
Paris en offre l’exemple le plus documenté à cette heure. Au premier tour, la liste d’Emmanuel Grégoire a obtenu 37,98 %, celle de Rachida Dati 25,46 %, celle de Sophia Chikirou 11,72 %, celle de Pierre-Yves Bournazel 11,34 % et celle de Sarah Knafo 10,40 %. Ce mardi, selon Public Sénat, Sarah Knafo a annoncé au Parisien le retrait de sa liste (« Je ne me désiste pas pour Rachida Dati, mais pour Paris »), et Pierre-Yves Bournazel a confirmé la fusion de la sienne avec celle de Rachida Dati. À gauche, Emmanuel Grégoire a refusé l’alliance avec la liste de Sophia Chikirou.
Ces décisions relèvent des partis, nous ne les commentons pas. Leur mécanique de communication, si. Une fusion additionne des sièges sur le papier, pas mécaniquement des électeurs, qui peuvent se reporter, s’abstenir ou choisir une autre liste. En ce sens, la fusion expose ce que nous avions proposé d’appeler la cohérence de ticket, c’est-à-dire l’accord visible entre la tête de liste, la composition de la liste, le projet et le ton. Une liste qui intègre en 2 jours des colistiers venus d’un programme concurrent doit expliquer ce qu’elle garde, ce qu’elle abandonne, et qui parle en son nom. Faute de quoi l’électeur de la liste absorbée risque de n’y voir qu’un accord de sièges. Cette grille reste une proposition de lecture : aucune donnée publiée ne mesure l’effet de la cohérence d’une liste sur le vote.
Lyon illustre l’autre configuration de la semaine, celle de l’écart minime. Selon RCF Lyon, le maire sortant Grégory Doucet arrive en tête avec 37,36 %, devant Jean-Michel Aulas à 36,78 %. Dans un duel de cet ordre, le contentieux devient un prolongement probable de la campagne, et la communication institutionnelle d’un maire candidat en est une cible naturelle : l’article L. 52-1 du code électoral interdit, à compter du premier jour du sixième mois précédant celui du scrutin, toute campagne de promotion publicitaire des réalisations ou de la gestion d’une collectivité, sans empêcher le candidat de présenter son bilan dans sa campagne. Nous avions détaillé ces règles le 29 janvier, à propos de la campagne que les sortants mènent sans pouvoir parler de leur bilan.
Le volume en ligne mesure l’attention
Le benchmark publié par Visibrain avec l’agence Image 7, repris par Presse Agence le 23 février, compte plus de 2,8 millions de messages consacrés aux municipales sur un mois de campagne, soit 96 458 publications par jour en moyenne, en hausse de 15 % par rapport à 2020. La plateforme X en concentre 91 %, et « près de 60 % des comptes participant aux débats sont identifiés comme des robots ou des profils très récents, certains publiant plus de 1 000 tweets par jour ».
Le même benchmark relève qu’à Paris, Sarah Knafo a gagné 94 200 abonnés sur la période, contre 21 200 pour Rachida Dati et 18 500 pour Emmanuel Grégoire. Rapprochées des résultats du premier tour, ces 2 séries ne vont pas dans le même sens. Aucune loi ne s’en déduit, 3 listes ne faisant pas un échantillon ; le rapprochement suggère seulement que l’indicateur d’abonnés mesure une attention, suscitée pour partie par des séquences négatives, comme celle du passe Navigo que nous avions décrite le 15 février. Piloter l’entre-deux-tours sur ce tableau de bord revient à piloter un volume dont une part substantielle n’émane pas d’électeurs de la commune. Le benchmark ne dit rien de l’origine de ces comptes, et nous ne leur en prêtons aucune (sur ce sujet, voir notre analyse du 24 février sur les ingérences numériques au niveau local).
Une proposition pour les 5 jours qui restent
Pour une équipe qui fusionne ce soir, la recommandation est modeste et vérifiable. La tête de liste, et elle seule, publie avant jeudi un texte court qui dit quels engagements de la liste absorbée sont repris, lesquels sont abandonnés, et qui porte chaque sujet. Le coût est réel : renoncer publiquement à une part de son programme, et offrir une prise à l’adversaire. Nous changerions d’avis si les résultats de dimanche montraient que, dans les villes où les listes ont fusionné, la liste issue de la fusion recueille au moins la somme des pourcentages de ses composantes : cela signifierait que le report s’opère sans explication.
Dans cette lecture, 3 faits futurs et datés permettront de la tester. Le premier est la participation du 22 mars : en 2020, elle était tombée à 41,86 % au second tour. Le deuxième est le rapport, dans les villes à fusion, entre le score de la liste fusionnée et la somme des scores de ses composantes au premier tour. Le troisième est l’existence de recours portant sur la communication municipale dans les duels les plus serrés.
Mise à jour du 25 septembre 2026
Participation. Selon le bilan du ministère de l’Intérieur repris par le cabinet Landot et associés, la participation au second tour s’est établie à 57,03 %, contre 41,86 % en 2020, sur 17 092 867 inscrits et 1 590 circonscriptions électorales. Le premier point est confirmé : la rechute de 2020 ne s’est pas reproduite. Il ne dit rien des petites communes, presque toutes pourvues dès le premier tour.
Fusions. À Paris, Emmanuel Grégoire a été élu avec 50,52 % des suffrages, devant la liste de Rachida Dati à 41,52 % et celle de Sophia Chikirou à 7,96 %, selon les résultats rassemblés par Public Sénat et Toute l’Europe. Sur le critère que nous avions posé, le deuxième point est infirmé à Paris : les 2 listes fusionnées (Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel) totalisaient 36,80 % au premier tour, et la liste issue de la fusion a obtenu davantage, 41,52 %. En revanche, ce score reste en deçà des 47,20 % obtenus au premier tour par ces 2 listes et par celle de Sarah Knafo, qui s’était retirée sans fusionner. Ces comparaisons restent approximatives : la participation parisienne est passée de 58,89 % à 61,60 % entre les 2 tours. Une seule ville ne fait pas un test, nous n’avons pas examiné les autres villes à fusion, et rien dans ces chiffres n’isole l’effet de la communication de la fusion.
Contentieux. À Lyon, Grégory Doucet a été réélu avec 50,67 % des voix contre 49,33 % à Jean-Michel Aulas, soit 2 762 voix d’écart. Jean-Michel Aulas a formé un recours. Lors de l’audience du 14 septembre devant le tribunal administratif, selon Mediacités et Rue89Lyon, les griefs invoqués comprenaient des dépenses de communication municipale, des courriels adressés à des agents et des autocollants, et la rapporteure publique a conclu au rejet. Le troisième point est confirmé quant à l’existence d’un tel recours, pas quant à sa portée : au 25 septembre, nous n’avons pas trouvé la décision du tribunal dans les sources consultées.
Réécriture du 25 septembre 2026. La version publiée le 17 mars affirmait qu’ELMARQ accompagnait des campagnes municipales en Normandie et en tirait des différences observées entre listes gagnantes et perdantes. Or ELMARQ, immatriculée le 23 avril 2026, n’en a accompagné aucune, et l’article paraissait avant le second tour : ces observations, les « 5 constantes », les effets de mobilisation et le tableau d’efficacité des plateformes sont retirés. La thèse devient une lecture de l’entre-deux-tours à la date du 17 mars, fondée sur les résultats officiels et la presse. Faits rectifiés : participation définitive de 57,10 % et non environ 56 % (hausse de 12,44 points et non 11), benchmark Visibrain portant sur un mois de campagne et non sur 5 semaines, jugement porté sur le score de la liste de Sarah Knafo retiré. Sont supprimés les citations dont la source n’a pas été rouverte (Pascal Lardellier, liste Quénard à Reims, Verian) et le score non revérifié d’Hénin-Beaumont. Cette note remplace la correction publiée le même jour.




